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Décryptage
Grèce

L'économie sociale et solidaire boostée par la crise économique

Publié le 29 septembre 2014 - Mise à jour le 21 avril 2021
Depuis 2008, la Grèce subit de plein fouet la crise économique et sociale. Ce contexte difficile a toutefois donné un nouvel élan au secteur de l'économie sociale et solidaire.

Un produit intérieur brut réduit de 25% entre 2008 et 2014, un salaire moyen divisé par deux, un taux de chômage de 27% et qui atteint 60% chez les jeunes etc. Ce contexte économique difficile a néanmoins permis de favoriser l'émergence de l'économie sociale et solidaire dans le pays. "Toute l'économie grecque s'est effondrée mais, l'ESS a en quelque sorte été boostée par la crise", explique Denis Stokkink, président du think tank européen Pour la Solidarité, qui est à l'origine d'un rapport sur le sujet publié en mai 2014.

Si le poids de l'ESS en Grèce est inférieur à la moyenne européenne (117 123 salariés, soit 2,67% de l'emploi en Grèce contre 6,5% en moyenne en Europe), sa croissance est exponentielle ces dernières années. Entre 2003 et 2010, l'emploi a ainsi augmenté de 67,7% dans ce secteur, contre une augmentation de 26,8% en moyenne en Europe. "Il n'existait pas en Grèce de véritable mouvement d'économie sociale avant la crise", assure ainsi Quentin Mortier, chargé de projets chez SAW-B, dans une analyse publiée en décembre 2013.

De nombreuses initiatives, de la part des citoyens comme des collectivités territoriales, émergent : marchés de troc, écoles du soir, dispensaires municipaux, transformation de terrains militaires en potagers etc. Des supermarchés coopératifs, comme "Bios Coop" à Thessalonique et Thermi, sont créés. Ouverts à tous, ces supermarchés sont portés par des adhérents qui apportent chacun 150 € et qui s'engagent à acheter pour 250 € de produits par mois au minimum.

Des groupes de chômeurs et d'employés s'associent pour créer des modèles collectifs d'emploi basés sur des principes de solidarités, comme le café-restaurant coopératif Pagaki, près d'Athènes. Une université populaire de l'économie sociale et solidaire (UnivSSe) a même été mise en place. Objectif : apporter un appui gratuit aux coopératives et un soutien théorique aux expérimentations en cours.

Les habitudes des acteurs existants ont évolué avec la crise. Ainsi, Kastri, une coopérative de restauration installée sur l'île de Syros emploie une vingtaine de femmes sans qualification. Le prix des plats traditionnels préparés par ces femmes a baissé d'un euro et le restaurant propose désormais des cartes de fidélité et des cadeaux à ses clients. "Le secteur coopératif grec croît, alors que l'économie globale reste en crise", assure Denis Stokkink.

 

Un plan européen de développement de l'économie sociale grecque

Les collectivités territoriales sont impliquées dans ce mouvement. Depuis sa création en 2002, la coopérative sociale de Léros, Koispe, bénéficie du soutien de la municipalité de Leros et du département du Dodécanèse. La coopérative est chargée de l'insertion sociale des patients de l'hôpital psychiatrique de Léros. Elle fait travailler cinquante pensionnaires sur les 600 que compte l'hôpital, sur des activités de maraîchage et de production de miel. Les collectivités ont pris des parts dans la coopérative, et sont devenues sociétaires. Elles sont aussi les premiers clients de la coopérative.

"A ce stade, il est encore trop tôt pour savoir si les collectivités vont s'impliquer encore plus fortement dans le soutien de cette économie, mais il faut espérer que les nouveaux fonds disponibles, en provenance de l'Union européenne, seront discutés entre les régions pour avoir un impact plus important", explique Denis Stokkink.

Un plan européen de développement de l'économie sociale grecque, doté de 60 millions d'euros, a en effet été mis en place en 2012. Ces fonds sont destinés à permettre le développement durable de l'économie sociale, à travers la création d'un écosystème, le soutien financier direct pour les entreprises sociales en phase de démarrage et de croissance, et l'accès à des moyens financiers pour consolider et faire croître les entreprises sociales.

Au niveau national, une loi sur l'économie sociale et l'entrepreneuriat social a été votée en 2011. Elle prévoit la création d'un cadre fiscal allégé, un accès favorisé aux marchés publics et des conditions de financement adaptées pour les entreprises sociales.

Emilie Zapalski

 

Pour aller plus loin 

Pour la Solidarité
Denis Stokkink, président

Tél. : 00 32 2 535 06 85, courriel : denis.stokkink@pourlasolidarite.eu

 

Les articles "Actions en Europe" sont réalisés par l'Avise, en partenariat avec l'Association des Régions de France et la Caisse des Dépôts.

Thématiques

Économie sociale et solidaire
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