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Fermes d'avenir

Dernière mise à jour : le 24 Avril 2017
L'association Fermes d'avenir explore de nouveaux modèles agricoles, expérimente et diffuse les techniques agroécologiques. Le projet a démarré en 2013 par la création d’une microferme expérimentale sur le domaine de la Bourdaisière en Indre-et-Loire.

Propos recueillis auprès de Maxime de Rostolan, cofondateur du projet.  

Quels sont les constats à l’origine de la création de Fermes d’avenir ?

La France a perdu 1,5 millions de fermes en 50 ans. L’agriculture représente aujourd’hui 2% de l’emploi en France, 5 fois moins qu’il y a 50 ans. Sur les 700 000 agriculteurs en France, 110 000 sont en âge de partir à la retraite d’ici 4 ans. Il nous semble tout à fait réaliste d’imaginer recréer 200 000 fermes dans les 20 ans qui viennent, créant ainsi des emplois redynamisant les territoires, et répondant à un réel besoin de la population : se nourrir et bien.

Nous n’avons jamais été aussi peu efficaces pour produire nos aliments. ll faut beaucoup d'énergie fossile pour produire des calories alimentaires. Quand le prix du baril du pétrole augmente, cette équation devient intenable.

Enfin, n’est-on pas en train d’artificialiser cette fonction de production alimentaire et de s’empoisonner sur le long terme ? Les pesticides contiennent des perturbateurs endocriniens dont nous ne connaissons pas les effets sur 2 à 3 générations. Or il y a d’autres options ! Ingénieur de formation, j’ai travaillé sur le biomimétisme. Le biomimétisme appliqué à l’agriculture s’appelle la permaculture. Des solutions existent, inspirées de la nature.

Quels sont les objectifs de cette expérimentation ?

Nous avons décidé de créer ex-nihilo une microferme sur une parcelle de 1,4ha avec pour objectif d’atteindre l’équilibre économique et de sortir l’équivalent de trois salaires grâce à la vente de fruits et légumes produits sur cette surface. Cette microferme se veut exemplaire en maraîchage, s’inspirant de la permaculture et de l’ensemble des techniques efficaces de l’agroécologie. Une boîte à outils est rédigée au fil de l'eau pour expliciter les différentes étapes qui précèdent à la création d’une microferme.

Nous avons aussi pour vocation de sensibiliser et d’informer les maraîchers, avec la mise en place d’une grille d’indicateurs des impacts.

Enfin, nous cherchons à construire un nouveau modèle avec les politiques publiques nationales et territoriales. Nous avons réalisé un plaidoyer, fondement de notre travail de lobbying, et lancé une pétition regroupant 10 propositions de lois pour changer l’agriculture.

L’objectif était d’arriver à l’équilibre en 2017 sur la microferme de la Bourdaisière mais nous n’y arriverons pas. L’année 2016 a été très dure ave une météo très contraignante. Les maraîchers de la région Centre ont perdu entre 30% et 40% de la récolte. On se frotte à la réalité des choses : avec un objectif qui est de créer des emplois agricoles, avec des conditions de travail acceptables, on s’handicape volontairement.  

On adapte notre discours à la réalité. Si on identifie des freins, on va proposer des leviers pour que ce soit possible. On est juste en train de dire, ce n’est pas simple ! Mais l’agriculture chimique n’est pas rentable non plus. Si on enlève la Politique agricole commune, 70% des exploitations ferment !

Pourquoi défendre l’agroécologie et la permaculture plus que l'agriculture bio ?

Nous sommes bio "plus plus" ! Avec la permaculture, on va plus loin que le cahier des charges de l’agriculture biologique. On peut faire de l’agriculture biologique avec de gros tracteurs dans des conditions terribles pour les sols !

Quels sont vos principaux partenaires ?

Beaucoup de personnes soutiennent le projet et des bénévoles viennent aider. Notre association compte 20 salariés.

On a rejoint le Groupe SOS, qui rassemble autour de lui beaucoup d’acteurs. Le Groupe SOS nous apporte une colonne vertébrale et des reins. Il nous a donné les moyens de nous structurer et nous a imposé une rigueur pour préparer le changement d’échelle. Si nous avons besoin d’investir et de recruter, le Groupe SOS peut amorcer cette dynamique et nous faire des avances de trésorerie.

Comment les pouvoirs publics perçoivent-ils votre expérimentation ?  

La permaculture est beaucoup plus facile à défendre que l'agriculture conventionnelle ! On a un discours plus plébiscité car nous défendons des pratiques largement imprégnées de bon sens. C’est un discours plus audible que de défendre un modèle qui détruit le sol, la santé, le climat. Nous avons déjà été contacté par les équipes de 3 candidats à la présidentielle.

A l’échelle locale, les élus adorent le projet. On a plus de difficultés avec les réseaux en place.

L’expérimentation de la ferme de la Bourdaisière se poursuit en 2017. Quels sont vos autres projets ?  

En 2017, on a lancé un réseau avec une dizaine de fermes, sélectionnées dans le cadre du concours Fermes d’avenir 2016. On veut accompagner tous les agriculteurs d’avenir et les aider en recherche-développement, dans le financement… Nous structurons un réseau qui n’est pas encore officialisé.

Cet été, on organise aussi le 1er tour de France dédié à l'agroécologie. L’objectif est de faire connaître des initiatives locales.

Mais ce n’est pas tout : on prévoit de prolonger notre travail de lobbying, d'accompagner la création de trois nouvelles fermes, de relancer la formation payculteur un maillon essentiel de la chaine, de travailler sur la reprise d'un lycée agricole...

Domaine d'activité :
Agroécologie et permaculture
Nombre de salariés :
20
Année de création :
2013
Finalité sociale :
Promouvoir un nouveau modèle agricole, créer des emplois
Fermes d'avenir
25 rue de la Bourdaisière
37270 Montlouis-sur-Loire
France
02 47 45 16 31