Estère : passer du collectif à la coopération
Libérer des enjeux de pouvoir
Les coopératives d’activités et d’emploi (CAE) accompagnent régulièrement des projets collectifs portés par des personnes qui intègrent la CAE ensemble. « On pourrait prendre l’exemple d’un projet porté par un commercial et un styliste qui proposaient des vêtements de travail hauts de gamme. Le projet était prometteur, mais au bout de 3 mois, leur collaboration volait en éclats », raconte Stéphane Veyer, co-gérant de Coopaname. S’ils avaient créé une Sarl, ils auraient dû la liquider, ce qui implique des démarches extrêmement lourdes. En CAE, ils ont juste mis fin à leur activité. Or, les statistiques sont effrayantes : les projets collectifs ont 70 % de chances supplémentaires d’échouer par rapport aux projets individuels.
« La CAE a une forme qui permet de rôder les relations de travail, de se tester en souplesse. Si cette potentialité est réelle, reste à conceptualiser l’accompagnement spécifique de ces « collectifs » de créateurs ». Une idée centrale émerge rapidement : la CAE peut libérer le collectif des enjeux de pouvoir, une cause fréquente d’échec. C’est la coopérative qui détient la responsabilité juridique et la question de la détention du capital ne se pose pas. « La CAE peut avoir une fonction d’incubateur de projets collectifs, surtout pour les projets d’économie sociale puisqu’elle pose (et résout) d’emblée la question du pouvoir et de la coopération ».
EStère : vers la CAE de troisième génération
C’est cette fonction d’incubation que Coopaname dénomme EStère en 2006. La coopérative reçoit alors le soutien de la DIIESES et de la DRTEFP, très intéressées par cette nouvelle modalité d’accompagnement. « Dans l’accompagnement « classique », on accompagne le projet, c’est-à-dire le cadre rigide dans lequel des gens doivent s’insérer, poursuit Stéphane Veyer. Avec EStère, on travaille avec chacun pour qu’il détermine ce qu’il veut mutualiser dans le collectif, sur ses raisons de l’intégrer et sur la construction d’une compétence collective ». L’accompagnement consiste à combiner les différentes envies et savoir-faire pour qu’ils finissent par « faire projet commun ». Il s’agira notamment de conduire un « coaching » de groupe pour que personne ne soit lésé dans le collectif. « Et aussi de gérer les conflits », précise Stéphane Veyer.
« EStère préfigure la CAE de 3e génération. Les CAE de première génération se cantonnaient à sécuriser les premiers pas de porteurs de projets d’entreprise. La deuxième génération est née de l’envie des entrepreneurs-salariés de faire durablement de la CAE le cadre entrepreneurial « alternatif » dans lequel ils s’investissent humainement et financièrement (l’« entreprise partagée » telle que conçue par Coopaname). On pourrait parler de 3e génération quand la coopérative devient le catalyseur de coopérations croisées systématiques, et un cadre de sécurisation mutuelle des parcours professionnels de chacun ».
Pour Stéphane Veyer, en travaillant sur les compétences individuelles et les relations de pouvoir, « EStère donne l’envie de la coopération » et favorise ainsi le développement de l’économie sociale. La coopérative vient d’ailleurs d’accueillir 3 jeunes bacheliers pour un projet de plateforme de blogs, « ce qu’ils n’auraient jamais réussi à mettre en œuvre ailleurs. De façon générale, la coopérative a quelque chose à apporter à des activités à forte valeur ajoutée, en donnant l’envie aux porteurs de projet d’entreprendre autrement ».
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Stéphane Veyer, Joseph Sangiorgio
Coopaname.coop







