15.11.2010
Dans les Cévennes, partage des terres pour du bio

Diversifier l’assiette et les paysages
« Nous avons décidé de nous engager dans la bataille contre les pesticides et les coûts écologiques d’acheminement en introduisant les produits bio dans la cantine municipale », explique Edouard Chaulet, maire de Barjac. Cette cantine fournit les écoles publiques et privées, ainsi que celles de communes alentours. Elle prépare également des repas distribués aux domiciles de personnes âgées de la commune. La cantine passe donc au bio en 2006, s’approvisionnant alors sur le marché conventionnel.
Si seules 2,5 % des terres agricoles sont passées au bio en France, c’est bien l’accès au foncier qui fait obstacle à leur développement. La mairie décide donc d’aider de jeunes agriculteurs à s’installer en bio, « un moyen également pour lutter contre la désertification paysanne. » La rencontre avec Jean-Paul Jaud et la foncière Terre de liens, en 2006, permet l’éclosion du projet. Edouard Chaulet se souvient : « Il y a eu beaucoup de débats autour de ce film. J’ai dû participer à quelques 400 projections dans toute la France ».
Le film a sans doute contribué à convaincre le Département et la Région de participer au projet. Mais la restauration collective n’est pas le seul horizon : « C’est l’assiette qui définit le panorama agricole. Or, nous voulons un panorama diversifié. C’est quand même idiot que les campagnes se repeuplent, sauf de paysans ».
Des paysans au service du développement local
La Mairie souhaite également développer les circuits courts. La Grange des près, une ferme du village de 120 hectares, est alors à vendre. Moins de 3 Km la séparent de la cantine. La Sacer, qui dépend de la chambre d’agriculture, préempte les terres. 4 paysans voisins, en attente de terre, s’associent pour faire une offre. La mairie scelle un partenariat avec la foncière Terre de liens pour monter le projet d’achat et recruter des agriculteurs en polyculture et élevage. Ensemble, elles vont plaider leur dossier auprès de la Sacer : « Nous les avons convaincus » et la Sacer désigne Terre de liens comme attributaire, la mairie a juste servi de « catalyseur ».
Mais avant que les terres de cette ferme puissent produire du bio, il va se passer du temps : « Elles ont reçu des engrais chimiques et des pesticides pendant 50 ans » ! Un premier paysan s’y installe pour ensemencer la terre d’engrais verts. Une chef de projet a également été recrutée par Terre de liens, rémunérée grâce aux aides de la commune, du conseil général du Gard et bientôt du conseil régional de Languedoc-Roussillon (sous forme d’aide au fonctionnement du projet). « Sa difficulté principale est de réunir une équipe de locataires qui accepte de travailler ensemble, en bio et de marier élevage et culture ». 5 candidats ont été sélectionnés. Ils se forment sur une pépinière de Terre de liens en attendant de s’installer sur la ferme. Un comité de pilotage composé de Terre de liens, de la Sacer, de l’Association pour le développement de l’emploi agricole et des communes du territoire a été constitué.
« Nous avons fait la démonstration qu’il était possible de travailler autrement la terre, d’y attirer des paysans et de contribuer à la reconnaissance du territoire par le développement de l’emploi agricole ». Mais l’initiative a une portée plus large, comme le rappelle le maire de Barjac. « C’est aux collectivités de s’assurer de la protection de l’enfance en matière alimentaire et, plus largement, de porter le message de la préservation de l’environnement, surtout à l’heure où on enterre le Grenelle de l’environnement ».







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