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Projet inspirant
Rapport d'activité 2021 - édition spéciale 20 ans

Réinventer les territoires

Catalyseur d’innovation sociale, la Fabrique à initiatives crée une dynamique, suscite des alliances fertiles et mobilise l’intelligence collective pour co-construire des solutions nouvelles aux besoins des territoires. Un dispositif innovant animé par l’Avise depuis 2010, qui a facilité la création de 130 entreprises ou activités d’utilité sociale, partout en France. Reportage à Strasbourg, à Toulouse et dans les Côtes-d’Armor. Cet article est paru dans le rapport d'activité 2021 de l'Avise - édition spéciale 20 ans, qui rend hommage à travers des reportages, des témoignages et des tribunes, aux partenaires et bénéficiaires de l'agence qui contribuent à faire émerger une économie qui concilie transition écologique et innovation sociale.
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Reportage à Strasbourg, à Toulouse et dans les Côtes-d’Armor au coeur du dispositif Fabrique à initiatives

Acheter du pain, déposer un colis, réparer un vélo, boire un café entre voisins : les 1200 habitants de la cité Ampère, quartier enclavé à l’est de Strasbourg, disposent depuis l’été 2021 d’une conciergerie solidaire. La création de ce lieu qui revitalise le quartier a été accompagnée par la Fabrique à initiatives, dispositif agile dont la méthodologie est basée sur un processus « inversé » : on part des besoins d’un territoire pour faciliter la construction de réponses entrepreneuriales adaptées. La Fabrique apporte une expertise globale qui permet de développer un projet de A à Z : « De nombreuses pistes d’activités sont identifiées par les acteurs locaux pour répondre aux enjeux de leur territoire. Mais sans un porteur de projet qui cumule réseau, financement et compétences, pour les préciser et les lancer, on en reste souvent au stade des occasions manquées. C’est à partir de ce constat que nous avons créé la Fabrique à initiatives », explique Cécile Leclair, directrice générale de l’Avise. À la cité Ampère, sollicitée par l’Eurométropole de Strasbourg dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV), la Fabrique à initiatives, portée par Alsace Active, entame en 2019 une étude exploratoire avec le conseil citoyen.
Les habitants déplorent alors la disparition de l’épicerie, de la pharmacie, du bureau de poste et de la mairie de quartier. La vie quotidienne est rendue compliquée par l’absence de ces services et commerces de proximité. Le projet d’une conciergerie solidaire émerge. « La Fabrique à initiatives a eu un rôle de maïeuticien, permettant à ce projet de se dessiner à l’échelle du quartier », explique Cathy Laurent, chargée de mission à la Régie de quartier, avec laquelle le projet a été construit. « Une dynamique a été impulsée, avant même que le terme de conciergerie ait été prononcé ».

Une démarche partenariale

La Fabrique organise des rencontres pour fédérer autour du projet, mène un travail de modélisation économique et met en place, en juin 2019, un comité de pilotage composé de la collectivité, de la Poste, du centre médico-social et du futur porteur de projet. Une offre de services socles est imaginée et la Fabrique accompagne la Régie de quartier dans sa levée de fonds. Aujourd’hui, les habitants peuvent accéder à une offre qui se déploie de l’atelier tricot à la proposition de balades « l’idée est de recréer davantage de liens de solidarité. Il y a des services à développer, mais il y a aussi à faire en sorte que les habitants puissent davantage se rencontrer », explique Cathy Laurent. Et le modèle essaime : sept projets de conciergeries sont en phase d’émergence et un réseau en création sur l’Eurométropole de Strasbourg.
À Toulouse, la Fabrique à initiatives, portée par l'incubateur Première Brique et financée par la ville, la métropole et la région dans le cadre du contrat de ville, est engagée sur la problématique du développement économique en QPV. « En 2017, nous avons été sollicités par les centres sociaux du quartier du Mirail, qui avaient identifié chez leurs adhérentes des compétences fortes en cuisine et réfléchissaient à créer une
structure qui permettrait de les valoriser et de les rémunérer »
, raconte Pauline Tabard, chargée d’accompagnement chez Première Brique. Elle explique : « Au démarrage, les chargés de mission Fabrique à initiatives se substituent aux porteurs de projet. Il s’agit de vérifier la pertinence et la faisabilité du projet – ici, nous avons constaté qu’il n’y avait pas de véritable besoin en termes de restauration, ni de local aux normes. Mais la Fabrique permet de rebondir, pour se dire « où est le besoin ? » Et ici, le véritable enjeu était de permettre aux femmes de gagner en confiance en elles et de sécuriser leur situation économique, voire leur
parcours entrepreneurial ».

Ouvrir le champ des possibles

Au Mirail, de nombreuses femmes s’engagent dans les associations, mais pour beaucoup d’entre elles, la marche est trop haute entre l’activité bénévole à temps plein et l’activité professionnelle. À partir de ce constat, la Fabrique mène une étude spécifique sur les freins d’accès à l’emploi  et à l’entrepreneuriat des femmes dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville qui l’amène à modifier sa démarche d’accompagnement pour
la désinstitutionnaliser.
« Il nous fallait proposer une démarche d’accompagnement social différente. Et la meilleure façon d’y parvenir était de travailler à partir d’un support très concret. La couture s’est imposée. » De nombreuses femmes du quartier pratiquent en effet une activité de couture de manière informelle.
Plus largement, la ville est riche d’un vivier de créatrices textile et couturières, issues de catégories sociales très diverses mais qui partagent isolement et précarité. Et depuis quelques années, on assiste à une relocalisation de la filière, soutenue par des citoyens engagés dans des choix de consommation responsable. La Fabrique recense les projets existants, rencontre fablabs et acteurs de la mode toulousains. Début 2020, en lien avec la coopérative Égalitère et l’Adie, la Fabrique propose un atelier pour tester l’opportunité d’un espace mutualisé de couture. L’idée se précise : un espace « tiers » pour des femmes en recherche de projets et un espace favorisant mutualisation et entraide entre professionnels. La Fabrique identifie un local et crée l’association en mai 2021.
Une porteuse de projet est recrutée en septembre 2021, aujourd’hui encore accompagnée par la Fabrique : « C’est pour nous une phase importante, une phase de transmission, équivalente à une passation de poste », précise Pauline Tabard. Depuis janvier 2022, l’Espace Couture propose un pôle de coworking et des ateliers partagés, déjà investis par quatre femmes en microentreprises, et anime des ateliers hebdomadaires de conseil en entrepreneuriat. « L’idée est de mutualiser des outils, des savoir-faire. Le lieu fédère des personnes qui ont des vécus très différents, avec des idées et des façons de voir très diverses, les échanges d’expériences
sont extrêmement fertiles »
, explique Séverine Foligné, la porteuse de projet, qui a l’ambition de créer un chantier d’insertion pour renforcer encore cette dynamique. À Moncontour, au coeur des Côtes-d’Armor, un tiers-lieu numérique fait désormais office de « place du village ». La commune de 950 habitants fait face aux difficultés emblématiques des territoires ruraux français : dynamisme économique limité, bâti vacant dégradé, vieillissement de la population – 25 % des habitants vivent en Ehpad.
S’appuyant sur l’accessibilité de la fibre, le maire envisage de renforcer l’attractivité du territoire en ouvrant un espace dédié à l’implantation d’entreprises proposant des solutions connectées en faveur du bien-vieillir. En 2018, il sollicite la Fabrique à initiatives, portée par l'incubateur Tag22. La Fabrique mène une première enquête qui met en lumière un manque d’acculturation au numérique. L’idée d’un modèle hybride entre espace de co-working, espace numérique et espace de vie sociale se profile : « Partis d’une idée entrepreneuriale classique, nous nous sommes vite aperçus que ça ne correspondait pas aux besoins », explique Mathilde Lebreton, chargée de mission TAg22.

Mobiliser l’intelligence collective

La Fabrique organise alors des actions-test en concertation avec ses partenaires : après-midis numériques en famille, apéros-discussions autour du numérique, jeux de rôle en milieu scolaire, animations à l’Ehpad, etc. « La Fabrique à initiatives permet la participation citoyenne tout en structurant la démarche. Même s’il y a une volonté d’élus au départ, il y a toujours la préoccupation de vérifier le besoin directement auprès des habitants », apprécie Céline Morin, directrice de Familles rurales Côtes d’Armor. En juin 2019, l’association #Chez Yvonne est créée, avec des volontaires identifiés au cours de l’étude : « Nous avons réorienté le projet en fonction de ce que l’on observait sur le terrain et de toute l’intelligence collective que l’on a pu créer. Si la municipalité avait lancé un centre d’expertise, des entrepreneurs se seraient peut-être implantés... mais seraient repartis. Avec le projet de tiers-lieu numérique destiné aux habitants et aux professionnels, on est sur un projet social plus fort et mieux ancré », se réjouit Mathilde Lebreton.
#Chez Yvonne a ouvert ses portes en janvier 2020. Si la crise sanitaire a retardé le démarrage, le tiers-lieu propose aujourd’hui, au coeur du village, dans les espaces chaleureux de l’ancienne école, des animations autour du numérique pour les particuliers : initiation à l’usage des tablettes, ateliers d’e-administration (impôts, CAF, MSA, etc.) et un accompagnement à la digitalisation pour les professionnels (PME, commerces ou collectivités). On peut aussi s’y familiariser à l’usage de l’imprimante 3D, ou bricoler sa chaîne hi-fi ou son ordinateur en Repair café. « Nous avons élaboré une offre diversifiée dans les accroches comme dans les formats, pour répondre à des profils très divers – certains sont très réfractaires au numérique, d’autres plus à l’aise. Il s’agit également de rendre possible l’entraide entre les uns et les autres et d’impulser un esprit de communauté ». Mais au fait, pourquoi « #ChezYvonne » ? Yvonne, 84 ans, convertie au numérique lors des ateliers d’idéation du projet, a troqué sa vieille TV contre une tablette et un abonnement internet et est devenue l’une des plus ferventes habituées du tiers-lieu – auquel elle a accepté de donner son nom.

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