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Action en région
Tourisme socialement innovant

La ferme de Chosal

Dans les années 1980, l’établissement et service d’aide par le travail (ESAT), la Ferme de Chosal, qui accueille aujourd’hui une soixantaine d’usagers en situation de handicap mental, a repris une exploitation maraîchère. Aujourd’hui, la structure médico-sociale portée par l’association AAPEI d’Annecy est devenue une exploitation agricole diversifiée associée à un véritable pôle culturel et touristique de proximité, soutenu en partie par la Région Auvergne-Rhône-Alpes. Pour Emmanuel Mosse, son directeur, L’ESAT vise à développer un « tourisme expérientiel et culturel » accessible à tous. Entretien.
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    La ferme de Chosal

Pourquoi avoir développé les activités touristiques, en complément de votre exploitation agricole ?

C’est un prolongement naturel des activités de la ferme. Nous nous positionnons comme un acteur régional de l’éco-tourisme et nous nous inscrivons dans le champ de l’éducation à l’environnement et au développement durable.

On essaie d’être dans le « tourisme expérientiel », d’aller à contre-courant du tout numérique pour privilégier le partage d’expériences. On propose par exemple des sentiers de promenade « pieds nus ». Nous avons aussi des logements insolites pour permettre à notre clientèle, souvent de proximité, de passer la nuit dans des cabanes en pleine nature.

Avez-vous également des objectifs sociaux dans le cadre de ces activités ?

Nous accueillons des particuliers et des scolaires, avec pour objectif de favoriser l’échange avec nos usagers en situation de handicap. A la ferme, la rencontre avec le handicap est au cœur de notre projet.

Nous sommes très attachés également à l’accueil des publics des institutions spécialisées. Notre objectif n’est pas de développer une offre réservée aux personnes handicapées, mais de l’adapter pour qu’elle soit accessible à tous. Nos parcours de promenade sont ainsi praticables avec des fauteuils tout terrain, et certains de nos locaux ont le label « Tourisme et handicaps ». Notre « Pôle Land Art » favorise quant à lui l’accès à la culture pour tous les publics, l’art inclusif.

Pour quelles raisons ce Pôle Land Art a-t-il bénéficié de financements publics ?

Nous sommes actuellement dans la huitième année de programmation culturelle du pôle, qui vise à promouvoir le lien entre art et nature. Les activités sont plutôt variées, avec par exemple quatre résidences artistique cette année, dont l’objectif est de produire des œuvres pour nos sentiers de promenade. Nous proposons aussi des stages « créateurs de nature » pour les enfants, des ateliers créatifs, une fête annuelle, des rencontres culturelles, etc.

Nous avons rapidement été sollicités par le conseil départemental, car nos activités répondaient à une vraie demande. Nous avons été aidés par un conseiller en arts plastiques de l’institution. Il a été réellement proactif et nous a aidé à trouver d’autres financements à la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC) et à la Région.

Plus spécifiquement, comment intervient le conseil régional ?

Le Pôle régional Land Art (PLAD), c’est aujourd’hui un budget annuel de 60 à 70 000 euros, que l’on monte pour moitié par des fonds publics. Depuis deux ans, nous nous positionnons sur un appel à projets « culture et santé », sur le volet médico-social. Cet appel à projets est co-financé par la Région, la DRAC et l’Agence régionale de Santé, avec pour objectif de favoriser les pratiques artistiques des « publics empêchés », c’est-à-dire des personnes fragiles.

Avant cet appel à projets cofinancé par la Région, aviez-vous également des interactions avec cette collectivité locale ?

Oui, au démarrage, on a touché une aide dédiée qui s’appelait le Fonds d’Innovation Artistique et Culturelle en Rhône-Alpes (FRIAC). Nous avons également longtemps bénéficié des Contrats de Développement Durable Rhône-alpes (CDDRA). Un CDDRA était un contrat de six ans passé entre la Région et un territoire pour favoriser la réalisation de certains projets qui répondent à une stratégie de développement local. Nos initiatives en matière de tourisme de proximité entraient complètement dans ce cadre.

En ce qui concerne le tourisme expérientiel, nous avons également obtenu une subvention de la Région en 2016 pour appuyer le développement de nos parcours « pieds nus ». Ce financement nous a permis de compléter celui reçu par l’Union Européenne : il existe en effet un réseau de parcours « pieds nus » dans l’arc alpin, en lien notamment avec l’Italie.

Vous avez également bénéficié d’une aide à l’hébergement touristique par la Région, via un chèque expertise tourisme. De quoi s’agit-il ?

C’est un dispositif très intéressant mis en œuvre par la Direction du Tourisme du conseil régional. La Région propose en effet à des acteurs de l’hébergement de prendre en charge le financement d’études de faisabilité conduites par des experts pour mettre en place de nouveaux projets de logements touristiques. 

De notre côté, nous avons des bâtiments qui vont se libérer et on souhaitait entamer une réflexion sur la mise en place d’hébergements touristiques. Grâce à la Région, nous avons pu mener une étude avec un expert pour diversifier notre offre.

Pensez-vous que les conseils régionaux devraient soutenir davantage les activités touristiques portées par les structures de l’économie sociale et solidaire telles que la vôtre ?

Je considère nos activités dans ce domaine comme un laboratoire d’innovation sociétale. L’innovation sociétale, c’est un peu comme la R&D pour une entreprise. Elle doit être soutenue car dans le domaine du tourisme, être dans l’ESS nous oblige à prendre en compte des considérations environnementales et sociétales fortes : on se sent en responsabilité.

On ne soutient trop souvent que l’investissement, et encore trop peu la mise en place de nouveaux modèles qui répondent aux besoins des nouvelles clientèles. Il faut encore « tester », conceptualiser, expérimenter des « niches » touristique d’avenir. On travaille dans le cadre de l’intérêt général. Nous avons aussi un vrai rôle à jouer pour contribuer à l’émergence des nouvelles formes de modèles touristiques expérientiels de proximité, mais ce sont souvent des démarches coûteuses. En diversifiant nos financements, nous pourrions aller encore plus loin.

Pour en savoir plus :

 

LE POINT DE VUE D’UNE RÉGION : La Nouvelle-Aquitaine

L’économie sociale et solidaire au cœur du futur schéma régional de développement touristique et des loisirs

 « Le tourisme social et solidaire est un secteur d’activité indispensable, qui concourt au développement économique du territoire. Cela représente en Région près de 350 équipements et plus de 50 000 lits. Ces données sont issues du Parc du tourisme social et associatif à l’échelle de la Nouvelle-Aquitaine. Elles seront prochainement et en partenariat avec l’Unat régionale [tête de réseau associative du tourisme social et solidaire en Nouvelle-Aquitaine, NDLR] actualisées, dans le cadre d’un inventaire conduit sur les ex-territoires de Poitou-Charentes et du Limousin. Une enquête de l’Unat comptabilise déjà, à ce jour, 156 structures adhérentes à l’Unat Nouvelle-Aquitaine. Ces dernières accueillent chaque année 470 000 vacanciers, emploient 1 600 ETP et réalisent 113 M€ de chiffre d’affaires. La Région soutient le programme d’actions annuel de l’UNAT Nouvelle-Aquitaine à hauteur de 50 %, pour animer la filière et accompagner ses adhérents dans leurs projets de développement. Outre l’UNAT, nous subventionnons également d’autres structures favorisant le départ en vacances du plus grand nombre de néo-aquitains, telles que Vacances Ouvertes, Ekitour ou Vacances et Familles. Plus de 300 000 € ont été attribués en 2017 à ces associations pour animer des programmes d’aide au départ en vacances des publics les plus fragiles comme les jeunes, les familles en difficulté, les seniors. Nous développons également des politiques publiques pour accompagner la modernisation du parc d’hébergements, public et privé, du tourisme social. Nous soutenons ainsi des projets de rénovation et d’adaptation de l’offre, grâce à une aide à la pierre inscrite dans notre règlement d’intervention transitoire, adopté en séance plénière en avril dernier. Cette aide peut potentiellement concerner 60 % du parc d’hébergements existant. Elle a déjà bénéficié à des opérateurs historiques comme VVF Villages. L’aide permet de financer des travaux à hauteur de 20 % de leur montant, avec un plafond de dépenses de 750 000 € pour les villages vacances et de 400 000 € pour les centres de vacances. Nous ne nous empêchons pas à l’avenir de relever le plafond dans les territoires fragilisés, en zones rurales notamment. Nous accompagnons également la reconversion des acteurs du tourisme social en difficulté, en essayant, autant que possible, de favoriser de nouveaux usages pour le foncier disponible, toujours au sein de la filière. A court terme, nous allons mettre en place un schéma régional de développement touristique et des loisirs (SRDTL), dans lequel les acteurs de l’économie sociale et solidaire auront toute leur place. Ce document de cadrage permettra d’affiner les besoins de la filière pour adapter, si nécessaire, nos modes d’intervention. Nous réfléchissons également à lancer un appel à projets dédié aux acteurs du tourisme social. Il pourrait financer des initiatives spécifiques pour favoriser le départ en vacances du plus grand nombre, voire même, pourquoi pas, de l’ingénierie de projets. »

Sandrine Derville, Vice-présidente de la région Nouvelle-Aquitaine, chargée du tourisme

Propos recueillis par Sébastien Lévrier, Les Petites Rivières

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