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Décryptage

Alimentation durable et systèmes alimentaires territorialisés

Dernière mise à jour : le 20 Février 2017
Que recouvre la notion d’alimentation durable ? Avec quelle réalité de mise en œuvre en France? Dans quelle mesure les systèmes alimentaires territorialisés, et plus particulièrement les circuits courts, peuvent-ils contribuer à atteindre les objectifs d’une alimentation durable ? Quelles mesures peuvent encourager leur développement ?

Alimentation durable : de quoi parle-t-on ?

Selon une définition proposée, en 2010, par l’organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (la FAO), « Les régimes alimentaires durables contribuent à protéger et à respecter la biodiversité et les écosystèmes, sont culturellement acceptables, économiquement équitables et accessibles, abordables, nutritionnellement sûrs et sains, et permettent d’optimiser les ressources naturelles et humaines ».

L’alimentation durable est un concept émergeant qui répond aux critères suivants :

  • une alimentation accessible à tous, saine et équilibrée, répondant aux besoins nutritionnels humains ;
  • un système qui préserve l'environnement, le climat, les sols, l’eau, la biodiversité ;
  • une alimentation qui s’appuie au niveau local, national, européen et international sur des modes de production agricole durables, assurant un revenu équitable pour les producteurs, et préservant le tissu rural et le développement local.

Les systèmes alimentaires territorialisés : pour une alimentation durable

Un Système alimentaire territorialisé (SAT) est "un ensemble cohérent et à gouvernance participative territoriale composé de filières agro-alimentaires durables localisées dans un espace géographique de dimension régionale" (Source : Jean-Louis Rastoin, 2015, Journal Resolis). Il concerne des actions de tous les maillons de la chaîne agro-alimentaire, de la production à la consommation.

A travers la déclaration de Rennes du 4 juillet 2014, Régions de France s'est engagée à promouvoir les SAT pour répondre à un objectif d'alimentation durable qui englobe les notions de sécurité alimentaire et de durabilité au niveau de l'usage des ressources naturelles et humaines.

L'ancrage territorial de l'alimentation devient une priorité dans les politiques publiques (cf. proposition de loi en discussion). Pour traduire de manière concrète cette ambition, la loi d’avenir a créé les projets alimentaires territoriaux, un outil de gouvernance participative territoriale.

Les circuits courts : plus qu’un mode de commercialisation

Les circuits courts sont l'une des manifestations de la reterritorialisation de la consommation alimentaire et une composante des systèmes alimentaires territorialisés.

Définitions

Depuis 1999, le circuit court a une définition officielle. Le ministère de l'agriculture définit un circuit court comme un mode de commercialisation des produits agricoles qui s’exerce soit par la vente directe du producteur au consommateur (vente à la ferme, marché de producteurs…), soit par la vente indirecte, à condition qu’il n’y ait qu’un seul intermédiaire (commerçants détaillants de type épicier, bouchers, ou restaurateur). 

Pour le Labo de l'ESS, cette approche est trop restreinte et omet certaines caractéristiques spécifiques. Il définit le circuit court comme une relation transparente entre plusieurs acteurs de l’économie obéissant à quatre critères incontournables :

  • La création de liens sociaux et de coopération
  • L’équité dans les échanges financiers
  • Une approche participative
  • Une logique pédagogique

Pour le réseau des Centres d'initiatives pour valoriser l'agriculture et le milieu rural (Civam), les circuits courts ne se limitent effectivement pas à un mode de commercialisation. Selon ce réseau, ils consistent en "un levier d’insertion, de développement territorial multi-acteurs et de changement de pratiques. Ils sont une source de liens sociaux et participent à la pérennité des exploitations à taille humaine".

Chiffres clés

En 2010, 21 % des exploitants vendent en circuit court, soit 107 000 exploitants agricoles. Les producteurs de légumes ou de miel sont les plus engagés dans ce type de distribution. Les agriculteurs du Sud-Est et d'outre-mer utilisent plus souvent ce mode de vente.

Qu'ils soient producteurs de légumes, de fruits, de volailles ou autres, la part des agriculteurs en mode de production certifiée biologique est plus importante pour ceux vendant au moins un produit en circuit court : 10 % sont convertis au bio contre 2 % pour ceux qui ont choisi un autre mode de distribution (source Agreste).

 

Halte aux idées reçues !

Un produit local est toujours un produit de qualité.

C'est une confusion fréquente !
Selon l'Ademe, la plupart des exploitations ayant recours aux circuits courts sont de petites tailles et sont souvent inscrites dans des logiques peu intensives, proches de l’agriculture biologique ou labellisées bio. Néanmoins, ce n'est pas toujours le cas. Pour garantir la qualité et l'origine des produits, il existe des signes d’identification de la qualité et de l’origine (les SIGO). Ils regroupent l'agriculture biologique (AB) mais aussi l'appellation d’origine contrôlée (AOC) et protégée (AOP), indication géographique protégée (IGP), Label rouge (LR) et spécialité traditionnelle garantie (STG).

Un achat en vente directe d’un produit local est forcément meilleur pour l'environnement.

Le lien n'est pas si évident !
S’ils ont une influence plutôt positive sur l’environnement, la diversité des circuits courts de proximité, ainsi que le manque d’études complètes ne permettent pas d’affirmer que les circuits courts présentent systématiquement un meilleur bilan environnemental que les circuits longs, notamment en matière de consommation d’énergie et d’émissions de gaz à effet de serre.

Les modes de production et notamment la culture, pour les fruits et légumes, de produits de saison sont beaucoup plus déterminants en matière de bilan environnemental que le mode de distribution. Par ailleurs, plus de proximité ne signifie pas nécessairement moins d’émissions de gaz à effet de serre si les moyens de transports utilisés sont inadaptés, si la logistique est insuffisamment optimisée ou si le comportement du consommateur est inadéquat.

En renforçant le lien entre producteur et consommateur et en redonnant du sens tant à l’activité de production qu’à l’acte de consommation, les circuits courts de proximité présentent un réel potentiel en matière de consommation durable. Il convient d’accompagner les initiatives et de partager les bonnes pratiques afin d’optimiser les gains environnementaux portés par ces modes de distribution.

Source : Ademe (avis sur les circuits courts alimentaires de proximité, 2012)

 

Un produit biologique est toujours un produit local.

Evidemment, non !
En moyenne, un aliment parcourt 1 500 km avant d'arriver dans notre assiette. Les produits biologiques n'échappent pas à cette tendance. L'offre insuffisante par rapport à la demande conduit à l'importation de produits. Le développement du bio dans les magasins pratiquant des prix bas ont conduit également à l'importation, via le développement de cultures dans les pays du Sud, en Afrique notamment, où les coûts de production sont plus faibles. L'idéal ? Privilégier les produits bio de proximité !

Source : Actu Environnement

Circuits courts = proximité géographique.

Pas forcément !
Un circuit court n’est pas limité à un territoire et peut se développer à des échelles plus importantes.

Les circuits de proximité correspondent à l’idée d’une distance spatiale maximale mesurant le chemin à parcourir entre le lieu de production et celui de vente. Cette distance, qui n’a fait l’objet d’aucune définition officielle, peut varier selon le type de production concernée – d’environ 30 km pour des produits agricoles simples, comme les fruits et légumes, à 80 km pour ceux nécessitant une transformation. Les circuits courts de proximité allient : le lien direct du producteur au consommateur (ou avec un seul intermédiaire) / la proximité du lieu de production et du lieu de distribution

On estime qu’une distance supérieure à 80 km entre lieu de production et lieu de première mise en marché, marque la rupture entre les circuits courts et les circuits courts de proximité.

Source : Rapport parlementaire d'information sur les circuits courts et la relocalisation des filières agricoles et alimentaires (lien) par Brigitte Allain, juillet 2015