Économie circulaire : l’ESS contribue au réemploi et au recyclage des matériaux du bâtiment

Publié le 23 avril 2026
Parmi les secteurs d’activité, le bâtiment et les travaux publics (BTP) est celui qui génère le plus de déchets en France. Selon l’ADEME, en 2024, sur 22 millions de tonnes de déchets, 45 % étaient valorisés, mais moins de 1 % faisaient l’objet de réemploi. Aujourd’hui, quels sont les objectifs de la filière et comment l’économie sociale et solidaire (ESS) y contribue-t-elle ?

La filière des produits et matériaux de construction du bâtiment (PMCB) : de quoi parle-t-on ?

La filière concerne les produits intégrés de façon permanente dans un bâtiment et sa parcelle : 

  • les matériaux majoritairement minéraux (par exemple : briques, tuiles, équipements sanitaires en céramique, etc.) ;
  • les autres matériaux (par exemple : portes, fenêtres, moquettes, parquet, etc.).

Mise en place par la loi relative à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire (dite « loi AGEC ») de 2020, la filière responsabilité élargie du producteur (REP) a été déployée en 2023 avec les objectifs suivants : 

  • renforcer le tri à la source et faciliter la collecte : taux de collecte devant atteindre 93 % ou 62 % en 2027 (selon la catégorie de PMCB) ;
  • augmenter les performances de recyclage et de valorisation : recyclage devant atteindre 43 % ou 45 % d’ici 2027 selon la catégorie de PMCB et 88 % ou 57 % concernant la valorisation ;
  • lutter contre les dépôts sauvages ;
  • améliorer la traçabilité des déchets ;
  • favoriser le réemploi et encourager l’écoconception : réemploi ou réutilisation de PMCB devant atteindre 2 % en 2024, puis 4 % en 2027.

Source : Ademe – filière REP PMCB – cahier des charges

La loi relative à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire (dite « loi AGEC ») de 2020 distingue plusieurs pratiques : 

  • la valorisation  : transformation des déchets en énergie ou en matière première secondaire ;
  • le recyclage : retour des déchets dans le cycle de production après un traitement ;
  • la réutilisation : usage d’un objet considéré comme déchet ;
  • le réemploi : réutilisation d’un matériau sans changer de statut juridique, c’est-à-dire sans être considéré comme un déchet. 

Les structures de l’ESS, actrices de l’économie circulaire dans le bâtiment

En s’appuyant notamment sur les opportunités générées par le contexte réglementaire et législatif favorable, des structures de l’ESS se sont développées dans le secteur du recyclage et réemploi des matériaux du bâtiment.

 

Selon ESS France, en 2023, CARTECO, la plateforme cartographique recensant les structures de l’ESS engagées dans la transition écologique, référençait « déjà plus de 120 structures de l’ESS opérant des activités de réemploi des matériaux du bâtiment partout en France, territoires ultramarins inclus ».

 

Ces structures se positionnent sur l’ensemble des activités de la filière : 

  • dépose sélective et préservante, qui consiste à enlever délicatement uniquement certains éléments afin qu’ils soient réemployés. C’est une opération plus longue et plus délicate que les pratiques habituelles. Par exemple, Tricyle Curage, entreprise d’insertion des Hauts-de-Seine spécialisée dans la dépose sélective est une filiale de Bâticyle, magasin de matériaux du bâtiment d’occasion ;
  • recyclerie de matériaux ou plateformes physiques ou numériques à destination des particuliers ou des professionnels. Par exemple, Siléo, dans le Maine-et-Loire, entreprise d’insertion, propose une activité de matériauthèque des matériaux de construction notamment  ;
  • l’ingénierie et l’accompagnement via des diagnostics produits-équipements-matériaux-déchets (PEMD) notamment. Par exemple, Réavie située en Île-de-France, propose un service d’accompagnement via des diagnostics PEMD.

 

Certaines de ces structures développent des activités en insertion. Outre leur contribution à la transition écologique, elles constituent un levier pour l’insertion socioprofessionnelle de salarié.es. Pour favoriser la coopération entre ces structures, des réseaux spécialisés regroupent certaines d’entre elles : Recyfe (24 membres) sur le recyclage des menuiseries et Sequndo sur la dépose et le tri (12 structures).

 

Ces activités peuvent offrir des opportunités de développement commercial : les acteurs publics peuvent ainsi lancer des marchés réservés sur des activités d’économie circulaire dans le bâtiment, comme cela a été le cas pour un marché remporté par un collectif de structures d’insertion par l’activité économique (SIAE) en Bourgogne-Franche-Comté pour la rénovation d’un bâtiment historique.

 

Pour autant, certains freins persistent et peuvent limiter la consolidation ou le développement de ces initiatives. C’est le cas du coût des matériaux réemployés (pouvant être plus élevé que pour des matériaux neufs), des risques assurantiels associés à l’usage de matériaux réemployés ainsi que de la résistance au changement de certains acteurs de la filière. À cela s’ajoute une concurrence croissante des acteurs conventionnels qui peut fragiliser les structures de l’ESS.

Filière PMCB : entre structuration et fragilités

À l’échelle nationale, plusieurs dynamiques visent à structurer la filière PMCB : développement d’acteurs représentatifs, normes de traçabilité, professionnalisation, cartographies des initiatives ou animation territoriale. Néanmoins, la filière reste fragile. Face aux tensions et aux retards dans la mise en œuvre, un moratoire a été annoncé pour repousser certaines mesures prévues en 2025, accompagné d’une grande consultation de l’ensemble des acteurs de la filière. En début d’année 2026, le gouvernement a annoncé trois axes de réformes qui doivent se mettre en place dans les prochains mois : une amélioration du maillage territorial des points de reprise des matériaux, une baisse des coûts de la REP et une amélioration de la gouvernance. 

 

Dans ce contexte en mouvement, plusieurs questions restent ouvertes.

  • Dans quelle mesure la fragilité de la filière perturbe-t-elle la consolidation ou le développement des structures de ce secteur ?
  • Est-ce que les acteurs de l’ESS sont en capacité de construire des coopérations assez fortes pour se positionner sur ce secteur ?
  • Le développement du réemploi peut-il s’appuyer sur une alliance stratégique entre ESS et acteurs conventionnels ?
  • Quel rôle les acteurs publics peuvent-ils jouer dans le développement du réemploi des PMCB ?
  • Quels leviers faudrait-il encore activer pour faire du réemploi une norme ?

Thématiques

Économie circulaire
Transition écologique

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