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Décryptage
Outre-mer

Le développement de l’ESS ultramarine

L’économie sociale et solidaire (ESS) dans les territoires ultramarins jouit d’un grand potentiel tant sur le plan des filières stratégiques que de l’engagement citoyen. Elle reste cependant encore en quête de modèles exemplaires et d’un récit singulier pour chacun de ses territoires.

La place de l’ESS en comparaison des moyennes nationales

L’ESS dans les territoires ultramarins affiche des statistiques proches des moyennes nationales. Selon l’Atlas commenté de l’ESS 2020 réalisé par ESS France, si la Guyane est en deçà en termes de taux d’emploi (7,9 % contre 10,5% au niveau national) et d’établissements relevant de l’ESS (8,7% contre 9,6%), la Guadeloupe et la Martinique s'en rapprochent. La Réunion affiche de son côté un taux d’emploi à 11,1 %. Quant à Mayotte, les chiffres dépassent largement la moyenne nationale (14 % de l’emploi et 23 % des établissements), selon le travail de l’Observatoire régional de l’ESS. 

Tout comme en métropole, les activités sociales et médico-sociales cumulent la majorité des emplois et les associations représentent jusqu’à 9 établissements de l’ESS sur 10.

Une visibilité à consolider

Si les chiffres indiquent une présence relativement importante de l’ESS, le sentiment d’appartenance et d’identification à l’ESS reste faible, même parmi les acteurs concernés. De fait, la représentation institutionnelle de l’ESS est à parfaire. 

Dans l’océan Indien, La Réunion et Mayotte ont progressé dans la structuration de leur Chambre régionale de l’ESS afin de gagner en visibilité dans le paysage socioéconomique. Ainsi, la CRESS de Mayotte, opérationnelle depuis 2016, publie en 2019 son premier panorama régional (chiffres 2016), et l’ESS est pleinement intégrée dans la stratégie de développement économique régionale de La Réunion.

Aux Antilles, seule la Guadeloupe dispose à nouveau d’une CRESS opérationnelle depuis 5 ans, qui travaille depuis à l’animation territoriale, l’information du public, le dialogue institutionnel et au renforcement de son écosystème. Depuis 2019, France Active est également présente, grâce à l'action coordonnée par la Région, l'Etat et différents EPCI, déployant progressivement sa palette d’outils financiers et d’intermédiation avec les acteurs bancaires traditionnels. Enfin, depuis les élections régionales, l’ESS est rattachée à la compétence du développement économique.

Créer le récit de l’ESS 

La fusion d’ESS France et du Conseil national des CRESS a été l’occasion de faire aboutir un projet structurant pour l’ensemble des structures de l’ESS des Outre-mer.

Depuis fin 2021, Ben Amar Zeghadi, ancien délégué général de la CRESS Mayotte, est devenu délégué national d’ESS France aux Outre-mer - une instance présidée par la Chambre française et où sont représentés les territoires ultramarins. « Nous sommes partis du constat suivant : les territoires ultramarins vivent des réalités singulières, par rapport à la Métropole et entre elles, dans le développement de leur économie et de l'ESS en particulier », explique Ben Amar Zeghadi. « Qu'on le veuille ou non, ce sont des territoires où l'économie de comptoir (où les colonies étaient organisées pour favoriser le développement du commerce régional au profit de l’Etat colonisateur et des entreprises qui lui étaient rattachées) a longtemps dominé. Face à cela, on observe économie "du coup de main", comme on dit en Martinique. Une forme de solidarité qui s’appuie sur des processus collectifs de décision, de partage des richesses créées et toujours dans l'intérêt du collectif. C'est pour nous l'essence même de ce qu'est l'économie sociale et solidaire ».  

De ce constat peut-il naître un récit qui structurerait une l'ESS ultramarine autour d’une économie permettant l'émancipation par la solidarité ?

La force de l'exemple des initiatives réussies

« Si les solidarités familiale et communautaire existent fortement, l’appliquer à l’économie par l’entrepreneuriat collectif reste difficile tant une certaine défiance y est rattachée », explique Frédéric Sanchez, délégué Outre-mer pour Les Scop. La reconnaissance de l’efficience des modèles coopératifs passera, selon lui, par l’exemplarité de réussites collectives - existantes ou à créer. 

« Il y a de très belles Scop à La Réunion, où je suis basé, comme la Coopérative ouvrirère réunionnaise - la COR, une coopérative de manutention portuaire ou SCOPSIR, dans le médico-social, avec ses 200 salariés ». En Guyane, l'association Kwala Faya, devenue Scic en 2019, est en pleine croissance. Ses 30 salariés développent des solutions d’électrification rurales et participatives (installation de kits solaires, rénovation et maintenance des équipements, formations des habitants, sensibilisation à l'environnement...). 

« Nous sommes de plus en plus souvent sollicités par des associations qui envisagent de renouveler leur modèle en passant en Scic ou en Scop », explique Frédéric Sanchez. Revient alors la question de l'importance de la présence des têtes de réseaux et de structures d’accompagnement afin d'appuyer au mieux les porteurs de projet. Certains s’y engagent, comme Les Scop, qui a constitué il y a 2 ans une délégation Outre-mer - jusque-là rattachées à l’Union régionale d’Ile-de-France et désormais implantée à La Réunion.

Les leviers de développement 

Pour l’heure, les leviers de développement de l’activité des entreprises de l’ESS relèvent principalement de l’engagement de la commande publique, comme c'est le cas à Mayotte par exemple.

A La Réunion, c'est le déploiement de clauses sociales qui favorise cette expansion tandis que la Guadeloupe expérimente la mise en oeuvre de marchés réservés aux entreprises de l'ESS, tel que celui de l’embellissement des ronds-points qui revient au secteur de l’insertion par l’activité économique (IAE).

En outre, l’ESS pourrait davantage se développer dans des activités clefs pour l'avenir des territoires ultramarins, tels que l'autonomie énergétique, la production d'énergie citoyenne et le développement de l'économie circulaire. En ce sens, la Guadeloupe a défini dans sa stratégie régionale des objectifs visant le zéro déchet d'ici 2035 et l'Ademe a identifié pas moins de 83 acteurs de l’ESS du territoire qui pourraient y contribuer. 

La structuration de filières 

« Nous essayons de convaincre les porteurs de l'action publique qu'il est nécessaire d'opérer des transitions au pluriel pour des économies plurielles. Il faut pour cela pouvoir structurer des filières », explique Ben Amar Zeghadi.

Quelles filières ? « Pas d'or, pas de pétrole, pas d’industrie : cela n’aurait pas de sens. On peut cependant faire des pôles d'excellence en éducation, des pôles numériques... L'enjeu est de mettre au coeur notre biodiversité, nos produits. L’alimentation et le tourisme durables sont essentiels. ». 

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