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Interview
Ruralités

Le projet Port@il, pour des tiers-lieux en milieu rural

Soutenu par le Réseau rural français et le Fonds européen agricole pour le développement rural, le projet Port@il piloté par Familles rurales vise à appuyer le développement et la pérennisation de tiers-lieux en milieu rural. Interview d’Eric Rossi, conseiller Europe et territoires de Familles rurales.
  • Les tiers-lieux, une solution pour demain ? - Extrait de la vidéo de Familles rurales
    Les tiers-lieux, une solution pour demain ? - Extrait de la vidéo de Familles rurales

Quel est l’objectif du projet Portail et quelles ont été les motivations à son origine ?

Le projet Portail - Pôle Rural Télétravail animation intergénération Loisirs - s’intéresse aux tiers-lieux en milieu rural. Il vise en particulier à réfléchir à leurs conditions d’émergence et de pérennisation et aux spécificités rurales qui peuvent se dégager, en capitalisant autour d’expérimentations locales (25 sites Familles Rurales, Fabriques du monde rural du MRJC, expérimentations Croix-Rouge…).
 
Au sein du réseau Familles rurales, nous possédons déjà une centaine de lieux de proximité multifonctionnels, mais le monde change. Avec les tiers-lieux, nous nous situons à la croisée de l’aménagement du territoire, du développement économique, du lien social et du défi numérique (autant en termes d’inclusion que d’innovation). Nous réfléchissons donc à la transformation de lieux existants et à l’émergence de nouveaux espaces plus collaboratifs depuis 4 à 5 ans.
 
De nouvelles demandes émergent sur les territoires de la part de porteurs de projet, d’entrepreneurs, de jeunes, de citoyens, de néo-ruraux… et il y a un besoin de (re)création de liens entre les différents acteurs. Seul le tissu associatif déjà implanté peut, s’il s’adapte, animer et trouver des éléments de réponse de manière collaborative, notamment là où les acteurs publics n’en ont plus les moyens et où les privés ne vont pas.

Qui sont les partenaires associés et quelle place prennent-ils dans le projet ?

Nous avons plusieurs cercles de partenaires. Nous avons résolument mélangé les différentes familles de l’ESS, nous avons des réseaux associatifs « classiques » comme nous Familles Rurales, le MRJC, la Croix-Rouge et l’APF-France handicap, qui portent un intérêt particulier aux tiers-lieux. Ils conduisent des expérimentations, apportent des expériences, une expertise d’usage.
 
Nous avons des entrepreneurs sociaux comme la Ruche qui nous ouvrent vers une nouvelle culture. La Coopérative des tiers-lieux accompagne le projet comme prestataire. Quatre Réseaux ruraux régionaux se sont aussi associés à notre projet (Grand Est, Normandie, Nouvelle-Aquitaine et Pays de la Loire).
 
Nous travaillons enfin avec nos partenaires classiques qui s’intéressent aux dynamiques territoriales et aux processus de transformation, aux innovations sociales : la CNAF, la MSA, des associations d’élus, l’AMF, l’AdCF (intercommunalités), l’association Nouvelles Ruralités et le RTES.

Quelles sont les actions principales prévues ?

Autour de nos expérimentations locales, nous échangeons et nous capitalisons sur cinq axes de travail :  la gouvernance, ensuite sur l’animation du lieu, le métier et les compétences, le modèle économique, la communication et la mobilisation sur le territoire, enfin sur les politiques et les dispositifs publics, les partenariats.
 
Un programme d’activités pour les porteurs de projet contribue à partager les expériences et à enrichir les réflexions. Nous avons par exemple construit une typologie des utilisateurs potentiels de tiers-lieux en milieu rural (un catalogue des profils et des parcours d’utilisateurs seront disponibles).
 
Nous avons aussi lancé un travail autour de l’impact social des tiers-lieux. D’abord en mesurant l’utilité sociale des associations sur leur territoire aujourd’hui avant les expérimentations (réalisation d’une cartographie des impacts, enquêtes), et ensuite au terme du projet, nous évaluerons la valeur ajoutée du tiers-lieu pour le territoire dans les dynamiques locales, les coopérations développées, les projets lancés, les nouveaux publics mobilisés. Par exemple, sur des territoires, la dynamique tiers-lieu permet de (ré)intégrer des agriculteurs qui pouvaient se sentir marginalisés, d’établir des liens entre commerçants, artisans locaux et entrepreneurs néo-ruraux ou des passerelles intergénérationnelles.

Les tiers-lieux ont une dimension d’accompagnement de projets d’innovation sociale sur les territoires. Pourquoi les Familles rurales s’intéressent-elles à ce sujet ?

D’abord parce que les associations sont en milieu rural elles-mêmes porteuses d’innovations sociales depuis des décennies, bien avant les start-ups ! C’est la raison d’être des associations depuis leur origine, il faut le rappeler. Elles se sont constituées pour répondre aux besoins sociaux et développer des projets (services à la personne, mobilité, solidarité…). Mais désormais, il y a davantage de dimension individuelle, entrepreneuriale à prendre en compte.
 
Aujourd’hui, c’est aussi le virage numérique qu’elles ont du mal à négocier, comme toutes les TPE. Il y a aussi des résistances culturelles à faire sauter, liées au modèle économique, à la gouvernance, au cloisonnement entre social et économique. Mais ça bouge, grâce aux jeunes notamment qu’on touche par les loisirs, l’engagement citoyen, et qu’on peut aider dans leurs projets professionnels. 
 
Dans les campagnes, l’apparition du statut d’autoentrepreneur avait déjà fait émerger des besoins, des demandes d’accompagnement. Nous pensons que les dynamiques tiers-lieux aident à provoquer et accélérer ces transformations, susciter l’envie d’agir. L’implication dans un tiers-lieu exprime un contrat entre un individu, un collectif et son territoire. Les entrepreneurs qui s’installent ont aussi besoin de tisser du réseau, de s’intégrer à une communauté locale, de trouver des espaces de partage.
 
L’enjeu est bien donc créer un environnement propice à l’émergence et à la construction des projets (incubateurs, pépinières, fabriques…). Les tiers-lieux doivent y contribuer modestement. Une enquête nationale Ifop/Familles Rurales de juin 2019 montrait que 60 % des Français, s’ils devaient créer une activité, une entreprise, le feraient à la campagne. Il y a du potentiel !
 

Quelles sont les prochaines étapes / les prochaines dates à retenir?

La grande majorité des sites d’expérimentation que nous suivons sera ouverte au second semestre, au terme d’un processus de mobilisation locale de 6 à 12 mois. Nous avons une série de séminaires en septembre et octobre sur le thème de la gouvernance, centrés sur la question de la place des élus, et de celle des jeunes. A partir du printemps 2020, des événements de restitution et de partage sont prévus.
 
>> Familles rurales est aussi partenaire du projet TRESSONS piloté par l'Avise et le RTES et soutenu dans le même cadre par le FEADER et le Réseau rural français
L’implication dans un tiers-lieu exprime un contrat entre un individu, un collectif et son territoire. Les entrepreneurs qui s’installent ont aussi besoin de tisser du réseau, de s’intégrer à une communauté locale, de trouver des espaces de partage.
Eric Rossi, Conseille Europe et territoires - Familles rurales

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