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Interview
TRESSONS

Révéler les spécificités de l'ESS rurale

Cédric Szabo est le directeur de l'Association des maires ruraux de France (AMRF), membre du comité de pilotage du projet TRESSONS. Au terme du programme, celui qui a contribué à faire entrer les territoires ruraux dans le spectre de l'économie sociale et solidaire (ESS) apporte son analyse et ses perspectives pour apporter des réponses aux enjeux des communes rurales.

Créée en 1971, l’Association des maires ruraux de France (AMRF) fédère près de 10 000 maires ruraux au sein d’un réseau solidaire, en toute indépendance des pouvoirs et partis politiques. Afin de contribuer au renforcement de l’ESS rurale, l'AMRF a rejoint le projet TRESSONS (Territoires ruraux et ESS : outils et nouvelles synergies) piloté par l’Avise et le RTES avec le soutien du Réseau rural national et du Fonds européen agricole pour le développement rural (FEADER).

Votre perception de l'ESS et de son rôle sur les territoires a-t-elle évolué depuis le lancement du projet en 2018 ?

C’est surtout la perception de l'ESS par l'ensemble des acteurs locaux qui a changé. D'un côté, l'ESS parle à un écosystème rural où l’économie de marché est moins à l’aise, et de l’autre, on voit que l’univers associatif au sens large prend sa part dans les réponses aux besoins de nos habitants (notamment depuis la crise sanitaire). Ces périodes ont révélé que, même si il y a, de fait, des populations fragiles économiquement, elles s’en seraient moins bien sorties sans les collectivités et les associations.

En quoi le projet TRESSONS a-t-il contribué à cette évolution ?

TRESSONS est d'abord une corde de rappel qui permet de prendre conscience que les acteurs d'un même territoire ne sont pas seuls et qu'ils peuvent se fédérer autour d'un mot clé : l’innovation sociale. 

Notre intention était double en intégrant le projet. Le regard sur le monde rural oscille souvent entre la commisération et une bienveillance un peu trop appuyée et peu stimulante - sur le ton de « on sait que c’est difficile ». Nous sommes venus avec l'intention de sensibiliser nos élus au rôle de l’ESS dans les territoires, mais aussi pour faire comprendre les spécificités rurales au monde de l'ESS et que chacun puisse constater que l'on ne fait pas de la politique ESS de la même manière qu'en ville.

Au final, il y a des livrables attendus pour les élus mais aussi pour les opérateurs de l’ESS. C’est comme cela et ensemble que l'on pourra avancer !

Le programme a permis de relever un manque sur l'ingénierie de projets et un collectif spécifique a été créé, Créa'rural. Comment les élus que vous représentez peuvent-ils y pallier ?

C’est un problème de densité d’acteurs, pas de qualité. La question est de savoir comment l'univers de l'ESS démontre qu'il fait mieux que l'option malthusienne de l'univers public d'Etat et mieux que le privé qui est limité par le coût du premier kilomètre (celui autour du domicile de l’habitant). Autrement dit : comment l’ESS compense la sous-densité par de l’accompagnement qui peut convenir au plus grand nombre 

Quand on regarde les modèles Scop ou Scic, on voit bien que l’ESS est plus poreuse à l’idée de la responsabilité territoriale de l’entreprise. Une piste de solution qui renvoie à TRESSONS : en ayant conscience des difficultés d’ingénérie, on peut engager des mécanismes de solidarité relationnelle que l'on connait dans le modèle communal et qui relève souvent de l'action invisible. Regardez les communes qui ne perçoivent plus certains loyers depuis deux ans. Si des structures ont pu imaginer des actions de solidarités spécifiques, c'est aussi parce que des collectivités ont fait le pas de côté. Voilà typiquement une logique d’entraide qui permet de compenser les fragilités de chacun.

Quel a été le point fort et le point faible de ce programme ?

Le point fort, c'est la passion des acteurs pour créer des connexions.

Le défaut ne relève pas tant du projet TRESSONS que de ce que j'appellerai le syndrome de l’expérimentation. Regardez toutes les expérimentations qui ont fonctionné sans être généralisées pour autant. On pourrait la prolonger sans financement de l’Etat, mais c’est toujours perturbant de voir un système qui vit sur des "coups", des expérimentations sans lendemain.

Quoiqu'il en soit, si le projet a eu pour effet de créer des liens pérennes, c’est un acquis sur lequel on peut désormais travailler ensemble.

Sur quels champs faut-il encore oeuvrer ?

A l'AMRF, nous avons deux sujets : l’accès aux soins et la prévention. Il serait intéressant de voir comment les acteurs de l'ESS dans le domaine sanitaire prennent acte de la carence médicale. Quant à la prévention, elle devient une question politique majeure.

En savoir plus

>> Consultez le site internet de l'AMRF
>> Retrouvez le livret 4 leviers d'action pour renforcer l'ESS dans les territoires ruraux, réalisé par l'Avise en 2020

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