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SCIC : comment associer toutes les parties prenantes pour réussir son projet ?

Les Sociétés coopératives d’intérêt collectif (SCIC), sociétés commerciales associant dans leur gouvernance bénéficiaires, salariés et collectivités locales, fêtent leurs 20 ans cette année. Une occasion pour revenir sur le formidable levier d'action et de coopération que cette forme juridique particulière représente pour répondre aux défis de demain et décrypter, avec Fatima Bellaredj, déléguée générale de la CGSCOP, les clés de réussite d’un projet coopératif.

Rassembler les parties prenantes autour d’un projet commun

« Le principal intérêt du statut de SCIC est de permettre le multisociétariat et d’intégrer au sein du pilotage du projet la nécessité de s’accorder sur ce qui est commun aux différentes parties prenantes », souligne Fatima Bellaredj, déléguée générale de la Confédération Générale des SCOP (CGSCOP). 

Instituée en 2001, la SCIC est une forme juridique dont la vocation est « la production ou la fourniture de biens et de services d’intérêt collectif qui présentent un caractère d’utilité sociale » et dont le mode de fonctionnement a la particularité d’associer l’ensemble des parties prenantes au projet, via le partage du capital. 

Le capital peut ainsi être détenu par les salariés, les bénéficiaires de l’activité (clients, usagers, fournisseurs) mais également par des collectivités locales, des bénévoles, des financeurs, etc. Afin d’assurer une gestion démocratique et le partage des pouvoirs, le principe "une personne = une voix" est appliqué et la détention des parts est limité de façon à ce qu’aucune des parties prenantes ne puisse posséder la majorité des parts.

Des acteurs très différents, dont les centres d’intérêts et les priorités divergent parfois, peuvent ainsi se rassembler au sein d’une société commerciale coopérative, autour d’un projet commun. L’enjeu est alors de réussir à s’accorder sur le projet stratégique de la société et sur ses modalités de mise en œuvre. 

La SCIC Énergie Citoyenne, à Ambricourt, dans le Pas-de-Calais, a ainsi été créée en 2014, avec l’objectif de produire de l’énergie renouvelable et de sensibiliser les habitants et entreprises du territoire sur leur consommation électrique. La SCIC compte aujourd’hui 260 sociétaires, répartis dans quatre collèges différents : des citoyens, des collectivités locales, des artisans installateurs et des associations.

« Nous souhaitions être dans la coopération, et nous imaginions qu’en impliquant tous ces acteurs, cela créerait une dynamique supérieure à ce qu’on aurait pu faire en tant que simples citoyens, se souvient Michel Carré, administrateur du collège des citoyens. On voulait par exemple pouvoir intervenir au sein de lieux collectifs pour sensibiliser plus largement. » Une démarche qui se révèle souvent plus difficile quand l’initiative repose sur quelques individus isolés.

Définir le rôle et la place de chacun

Autre exemple dans le même secteur : Enercoop, fournisseur d'électricité d'origine renouvelable, a organisé son modèle autour de différentes SCIC territoriales afin de pouvoir travailler localement les synergies entre les collectivités, les producteurs d’énergie et les clients.
« Les clients, des particuliers, représentent une force de frappe importante en termes de communication », note ainsi Fatima Bellaredj. « Chacun vient avec des intérêts complètement différents ; c’est le projet qui les réunit et traduit une synergie qui permet de trouver un modèle économique ». 

 « La recette, c’est le collectif, le partage. Le fait que le projet grossisse, fasse tâche d’huile et soit de plus en plus porteur », continue la directrice générale de la CGSCOP. Mais ces projets, appuyés sur une forte mobilisation citoyenne, nécessitent également, pour réussir, un important engagement de l’équipe projet - sensibilisation, temps d’appropriation collective ou animations et atelier d’intelligence collective – pour assurer la mobilisation mais aussi l’adhésion de toutes les parties prenantes sur le temps long.

Dans ce contexte, « il faut que toutes les parties prenantes arrivent à trouver leur place, poursuit Fatima Bellaredj, avec une implication et un engagement inscrit dans la durée. Les différents collèges permettent de pondérer le poids des catégories de partie prenante ». Reste encore, alors, à animer la participation de ces différents collèges : une ambition qui peut s’appuyer sur la définition des rôles et de la raison d’être de chacun au sein du projet.

Prendre son temps, échanger et être accompagné

Comme pour tout projet ESS, une autre clé principale de réussite repose sur le fait de se faire accompagner, dès le démarrage du projet puis tout au long de son développement. L’accompagnement permet ainsi de construire un projet économiquement pérenne et dont l’organisation répond aux besoins sociaux adressés mais également de faire évoluer son projet en fonction des défis rencontrés durant sa maturation.

Parmi les premiers acteurs à solliciter en la matière, les incubateurs ESS sont particulièrement outillés pour appuyer le développement d’un projet d’utilité sociale et la conception de cadres de coopération opportuns. Les Unions régionales des SCOP sont également des contacts incontournables : spécialisées dans les formes coopératives - SCIC comme SCOP - elles proposent aux différents acteurs d’être guidés dans la création et la structuration de la coopérative.

« Dans un projet de SCIC, il faut savoir prendre le temps, se donner un bon calendrier », martèle Fatima Bellaredj. L’étape de création du projet est essentielle et nécessite parfois un temps long : si pour certains projets, six mois de cadrage peuvent suffire, d’autres requièrent de travailler la définition des enjeux, de la stratégie et de l’organisation dans la durée.

Lors de la création, mais également tout au long d’un projet coopératif, le dialogue est un point névralgique qui nécessite de prévoir des temps importants d’échange et d’animation : « On passe beaucoup de temps autour de tables de réunion, confirme Michel Carré, de la SCIC Energie citoyenne. Pour que cela marche, il faut des personnes qui offrent une capacité d’écoute et d’échange, qui possèdent une véritable envie de faire ensemble et de faire durer. Sans chercher à tirer la couverture et les bénéfices. »

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Assurer la pérennité économique du projet

Enfin, à l’instar des autres projets de l’économie sociale et solidaire, la gestion et la dimension économique du projet sont aussi au cœur de la SCIC

« Il ne faut pas oublier que la SCIC est une entreprise commerciale, avec un modèle économique à trouver, appuie Fatima Bellaredj. C’est un outil très puissant en matière d’innovation sociale, car il permet des partenariats novateurs, de rassembler beaucoup de monde autour de la table. Construire ensemble peut en outre être un important levier pour trouver les partenaires été financements nécessaires au développement de l’activité. » 

>> Pour aller plus loin, retrouvez le guide Choisir la forme juridique adaptée à son projet réédité par l’Avise en janvier 2022

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