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Interview
Ile-de-France

Arnaud Richard, délégué spécial à l'Économie sociale et solidaire

Le 5 octobre 2017, Valérie Pécresse, présidente de la Région, et Arnaud Richard, délégué spécial à l’Economie sociale et solidaire (ESS), ont présenté la stratégie régionale de l’ESS. Quelles sont les priorités définies dans la stratégie régionale ? Quels sont les partenaires impliqués dans sa mise en œuvre ? Quel rôle pour le délégué ?

Qu’est-ce qui a motivé votre engagement dans la vie politique régionale et comment cette délégation à l’ESS vous a-t-elle été attribuée ?

Quand nous avons été élus, je n’ai pas souhaité être vice-président car j’étais parlementaire à l’époque. J’ai souhaité cette délégation à l’ESS. C’est un secteur et un champ politique qui me tient à cœur depuis longtemps, à la croisée de mes engagements. Les Centristes ont toujours été très sensibles à ces enjeux. Pensez au plan Borloo pour la cohésion sociale ou au Rapport Vercamer sur l’économie sociale et solidaire qui a été la base de la loi ESS... Benoît Hamon ne me contredirait pas !

Comme Conseiller parlementaire impliqué dans la politique de la ville et l’élaboration du Grenelle de l’environnement, j’ai beaucoup côtoyé les acteurs de l’ESS, de l’insertion. Dans mon engagement local, je mesure combien les structures de l’ESS sont déterminantes pour le lien social, la qualité de vie et la création d’emplois.

La Présidente de Région, Valérie Pécresse, a annoncé qu’elle souhaitait agir pour que l’emploi dans l’ESS se rapproche de la moyenne nationale de 10 % de l'emploi régional, contre 7% aujourd'hui. Mais les décisions prises depuis décembre 2015, comme la disparition de l’Atelier, inquiètent les acteurs de l’ESS. Comment la Région accompagne-t-elle le développement du secteur ?

L’Atelier Ile-de-France était une très bonne idée il y a 10 ans. Il faut être capable d’évoluer. Avec la loi ESS, il fallait passer à une nouvelle dimension et à une nouvelle échelle. L’enjeu est que l’ESS se détermine dans tous les territoires et de faire en sorte que les structures intercommunales de « proximité » portent une politique ESS puissante. C’est l’enjeu de demain.

Le choix de la majorité est de faire de la Région Ile-de-France une région tournée vers l’investissement, pas vers des dépenses de fonctionnement. Les résultats de l’ESS en Ile-de-France ne sont pas si bons. Nous n’avons que 7,2% de l’emploi dans l’ESS alors qu’il est de 10% en moyenne nationale. Parmi ces 7,2%, nous avons beaucoup de sièges de structures de l’ESS. Nous voulons arrêter une politique de saupoudrage et permettre à l’ESS de recourir aux dispositifs de financement d’investissement de la gamme Up. L’ESS n’est pas une économie à part !

L’autre enjeu est de développer les clauses sociales dans les marchés avec l’objectif de passer à 25% des marchés publics intégrant des clauses sociales. Nous sommes déjà passés de 80.000 à à 162.000 heures de 2015 à 2016.

Nous avons aussi le souci de favoriser l’accès des structures de l’ESS aux Fonds européens. En Ile-de-France, nous sommes en retard sur notre capacité à aller chercher des Fonds européens. Il va falloir que cette recherche, que l’on mène avec Stéphanie Von Euw, vice-présidente chargée des affaires européennes, se fasse aussi au profit des structures de l’ESS.

En 2018, nous mettrons en place un accélérateur de « champions » pour l’ESS qui permette à des structures franciliennes leader dans leur domaine de continuer à émerger et à se développer. Nous allons aussi favoriser l’émergence de joint-ventures sociales en rapprochant des entreprises « classiques » des SIAE (structures d’insertion par l’activité économique) afin qu’elles soient plus à même de répondre aux marchés publics. Il s’agit ainsi d’accompagner la création d’emplois non délocalisables dans un secteur qui a du sens. Voilà l’enjeu que nous portons. 

Aux quatre coins de l’Île-de-France, des initiatives marchent très bien. Pourquoi ne pas « industrialiser » telle ou telle association ou entreprise de l’ESS pour qu’elle puisse œuvrer et créer de l’emploi aux quatre coins de l’Île-de-France ? Pour accompagner ce développement, il faut un soutien en investissement. Pour cela nous permettons et encourageons les structures de l’ESS à candidater aux aides en investissement de la gamme Up. Dans les « jurys Up », on va intégrer des spécialistes de l’ESS capables de défendre les spécificités de l’ESS à la croisée de l’économique et du social : le bienfait social, l’apport pour le territoire, la création d’emplois par l’insertion…

Pour l’instant, peu de structures de l’ESS candidatent aux aides Up, il en faut plus. L’ESS n’est pas une économie à part !

Quels sont les partenaires de la Région dans la mise en œuvre de cette stratégie de l'ESS ?

Mon rôle était de faire grandir la Cress Ile-de-France et de la rendre plus puissante à l’image d’autres Régions françaises. Il fallait se mettre dans le cadre de la loi Hamon. Nous allons établir une convention triennale avec la Cress, tout comme l’Etat le fera de son côté.

Nous apportons aussi un soutien fort au GRAFIE, avec des objectifs précis, comme la sensibilisation des acteurs aux aides Up, inscrits dans la convention biannuelle.

Mon rôle est d’essayer de porter la bonne parole sur les territoires, auprès des intercommunalités, des collectivités locales… pour leur montrer que l’ESS est très favorable pour un territoire. Je prends souvent l’exemple du Maire de Sceaux et de son soutien à l’ESS qui est formidable. C’est déterminant pour un projet de territoire d’avoir une ESS en termes de sens, de lien social et d’emplois.  

Ce qu’il nous faut c’est une structuration de l’écosystème qui soit lisible. Je crois beaucoup à la mise en place dynamique à l’échelle de bassins d’emploi. Quand les acteurs de l’emploi, de la formation et de l’insertion seront autour de la table par bassin d’emploi, nous pourrons faire de la transversalité et rendre la décision publique plus efficace. 

Quel est le rôle du Conseil stratégique de l’ESS nouvellement créé ?

Le Conseil stratégique de l’ESS, qui s’est réuni en octobre, est né d’un travail demandé à Accenture et de nombreuses rencontres. Accenture a réalisé un important travail pour montrer que la Région devait tenir le rôle de plateforme de l’écosystème favorable au développement de l’ESS.

Réuni autour de Valérie Pécresse, le Conseil comprend 19 membres avec 4 collèges : les réseaux (Cress, Grafie, Mouves, Urscop), les acteurs du financement (France Active, Adie, Equisol…), les acteurs de l’accompagnement (Fondation Accenture, Chaire de l’Essec, Comptoir de l’innovation, Ashoka) et des entreprises de l'ESS (La Ruche qui dit oui !, Simplon, Groupe Sos, Ares…).

L’ESS est hétérogène, nous avons réuni autour de la table différents types d’acteurs pour qu'ils se parlent et portent les solutions les plus opérationnelles possibles.

Le 5 octobre dernier, Valérie Pécresse a parlé d’apporter une attention particulière à l’insertion par l'activité économique (IAE). Qu’est-ce que cela signifie ?

C’est un secteur compliqué avec des financements en évolution permanente auquel Il faut porter une attention toute particulière. Que l’IAE crée ou perde des emplois, on ne s’en rend pas bien compte tant le secteur est atomisé.

Je crois beaucoup à l’IAE, il est important que les acteurs se rendent plus lisibles. Cette myriade de structures, de réseaux et de dispositifs est très complexe à comprendre.

Enfin, je pense que les énormes marchés à venir, comme le Grand Paris et les JO 2024, seront un moyen pour acteurs de l’insertion de trouver des réponses à leur offre.

Propos recueillis par Pauline BIan-Gazeau

 

En partenariat avec

Logos Régions de France et Caisse des Dépôts
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