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Interview
Innovation démocratique

Démocratie Ouverte, un collectif qui redonne du pouvoir d’agir aux citoyens

Démocratie Ouverte est le réseau français des innovations démocratiques. Créé en 2013, il rassemble aujourd’hui plus de 1 000 membres (associations, entreprises, chercheurs, élus, agents publics, citoyens engagés, etc.). Parmi eux, 80 innovateurs démocratiques proposent des solutions concrètes pour favoriser la transparence, la participation et la collaboration au sein des institutions politiques et des organisations. Echange avec Aurore Bimont, co-fondatrice de l'incubateur de Démocratie Ouverte.
  • Aurore Bimont, Démocratie ouverte
    Aurore Bimont, Démocratie ouverte

Selon Démocratie Ouverte, quelles sont les transformations nécessaires pour faire face au constat de « crise de la démocratie » que vous faites ?

Aurore Bimont : La crise de la représentativité ne date pas d’hier mais depuis 2019, les signes se multiplient : le mouvement des Gilets Jaunes et la revendication du Référendum d’initiative citoyenne, l’insatisfaction face aux résultats décevants du Grand Débat, la montée des extrêmes… 

Alors que certains seraient tentés de remettre en cause l’idéal démocratique (un tiers des Français sont séduits par l’idée d’être gouvernés par un homme fort, selon le Baromètre 2020 de la confiance politique du Cevipof), nous croyons au contraire que la solution pour sortir de la crise consiste à en faire “plus et mieux”. L’innovation sociale doit aussi irriguer le champ de la démocratie.

Des expériences inspirantes se développent ! On peut naturellement penser à la Convention Citoyenne pour le Climat, qui a montré que des citoyens novices pouvaient s’emparer de sujets complexes, mais aussi aux centaines de listes participatives qui se sont présentées aux dernières élections en utilisant des techniques innovantes comme le vote à scrutin majoritaire (voir la plateforme Mieux Voter) ou l’élection sans candidat (développée par l’Université du Nous).

Chez Démocratie Ouverte, nous avons la conviction que pour sortir de la crise démocratique, il faut aussi agir au-delà du champ institutionnel. Une démocratie vivante est une démocratie dans laquelle chacun peut s’exprimer, participer à la vie de la cité et s’engager dans des projets collectifs d’intérêt général.

C’est ce que proposent des acteurs comme Les Co-citoyens, qui organisent le financement participatif de projets citoyens locaux, Tous Elus qui forme   les jeunes  à se présenter aux élections locales ou encore Solucracy qui accompagne les habitants à élaborer des propositions pour leur village.

Quel regard portez-vous sur la forte montée des initiatives de Civic Tech ?

Le numérique est une opportunité pour massifier la participation et l’expression des citoyens. La célèbre plateforme de pétitions Change.org permet par exemple à plus 400 millions de personnes de se mobiliser pour les causes qui leur tiennent à cœur. De plus en plus de villes ont également recours à des outils de participation en ligne (par exemple la plateforme ESUS Flui.city ou celle la communauté open source Decidim). Le numérique peut également faciliter la coopération entre les différents acteurs d’un territoire - habitants, associations, élus, agents publics, acteurs économiques, etc. - comme le propose Politiker.

Pour autant, il ne faut pas trop attendre du numérique. Pendant un moment, les Civic Tech ont été présentées comme la solution qui allait  « sauver la démocratie ». Mais ce ne sont que  des outils ! Leur plus-value démocratique dépend de la manière dont les élus et les organisations les mettent en œuvre. Si elles sont utilisées à mauvais escient ou sans méthode, elles peuvent faire partie du problème plutôt que de la solution.

Chez Démocratie ouverte, nous parlons donc plutôt d’innovation citoyenne et démocratique que de Civic Tech car la technologie est pour nous indissociable de la relation présentielle. D’ailleurs, la sphère numérique elle aussi nécessite d’être redémocratisée et fait face à des enjeux importants de qualité et de fiabilité des contenus proposés ; défis auxquels des structures, telles que Captainfact, tentent de répondre en luttant contre les fausses informations.

Comment les acteurs de l’ESS, qui intégrent un mode de gouvernance démocratique dans leurs statuts, peuvent-ils se saisir de ce mouvement ?

Les acteurs de l’ESS sont la preuve que l’économie  peut fonctionner autrement, de manière plus collaborative et participative. Les citoyens sont en attente de cela. J’ai la conviction que nous entrons dans une nouvelle phase pour l’ESS car les modèles de gouvernance démocratique et coopératif vont devenir des références pour de nombreux acteurs qui souhaitent s’engager dans la transformation de l’économie.      

Alors, pour continuer à inspirer et innover en matière de gouvernance, les acteurs de l’ESS peuvent s’appuyer sur l’innovation démocratique. Statut n’est pas vertu ! Et bien qu’il y contribue, ils ne suffisent guère pour assurer une culture de coopération et de dialogue. Les coopératives peuvent expérimenter de nouvelles manières de faire participer leurs sociétaires, les associations mieux organiser les différents niveaux de décision, les entreprises impliquer différemment les salariés et les bénéficiaires dans leurs projets... Les liens sont très forts entre ces deux univers et doivent continuer à se renforcer pour changer la société en profondeur.

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