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Interview
Rapport d'activité 2021 - édition spéciale 20 ans

Il était une fois l'Avise

Il y a 20 ans, l’Avise est créée sous l’impulsion essentielle d’Hugues Sibille, alors directeur des petites entreprises et de l’économie sociale à la Caisse des Dépôts, après avoir été délégué interministériel à l’économie sociale. Retour sur les origines et les débuts de cet ambitieux projet avec son fondateur, président jusqu’en 2016 et depuis lors président d’honneur.
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    Rapport d'activité 2021 - édition spéciale 20 ans

Dans quel contexte politique l’Avise a-t-elle été créée ?

Fin 2001, à la suite de la loi sur les nouveaux services-emplois jeunes, un nombre considérable d’emplois – autour de 250 000 – ont été créés dans l’économie sociale et le secteur public local, et l’État s'est interrogé sur la manière de les pérenniser. La loi sur la lutte contre les exclusions a également donné un coup d’accélérateur à l’insertion par l’activité économique (IAE) et un rapport sur l’entreprise à but social a été demandé à Alain Lipietz par le gouvernement.
J’ai animé ce processus au cabinet de Martine Aubry, puis comme délégué interministériel à l’économie sociale et j'avais depuis plusieurs années l’idée de créer une agence de l’innovation sociale. À la Caisse des Dépôts, ma position institutionnelle me donnait les moyens d’agir, avec un budget de 40 à 50 millions d’euros par an. Le contexte était donc favorable. Le fait de passer par une structure dédiée, plus agile, sous statut associatif, apparaissait à tous comme la meilleure solution. Trois personnes ont joué un rôle important à mes côtés pour créer un dispositif nouveau : Catherine Barbaroux, déléguée générale à l’emploi, son adjoint Olivier Wickers et Adelphe de Taxis à la Caisse des Dépôts. Nous avons inventé ensemble les dispositifs locaux d’accompagnement (DLA) et nous avons créé l’Avise de manière accélérée fin 2001 – début 2002. Très vite, Patrick Gèze m’a rejoint et nous avons formé une magnifique équipe pendant plus de dix ans.

Quel est alors le projet de l’ « Agence de valorisation des initiatives socio-économiques » ?

Au Centre des jeunes dirigeants de l’économie sociale (CJDES) dont j’avais été président, nous avions observé que les innovations sociales n’étaient pas assez valorisées. Il existait une Agence nationale de valorisation de la recherche dans le domaine industriel et technologique, mais rien d’équivalent pour l’innovation sociale. Pourtant, beaucoup d’initiatives naissaient sur le territoire, mais on ne savait pas les repérer, les modéliser, les évaluer et les transférer, ce qui représentait un manque à gagner considérable. Le Transfert de savoir-faire (TSF) a d’ailleurs été créé par l’Avise en 2006, au départ pour les structures de l’IAE. Il s’agit de connecter deux entrepreneurs, l’un ayant un problème particulier, l’autre ayant déjà mis en œuvre la solution à ce problème, et de permettre l’aide entre pairs avec un défraiement – ce qui est essentiel à un bon professionnalisme. Cet outil, le TSF, illustre bien le projet initial de l’Avise qui était de valoriser des initiatives par des méthodes efficaces d’ingénierie ou de transfert. Le choix du terme « initiatives socio-économiques », inclut évidemment l’économie sociale et solidaire, mais aussi des initiatives qui ne se reconnaissent pas forcément comme étant membres à part entière de l’ESS et qui pour autant associent autrement l’économique et le social. L’équilibre modèle économique / utilité sociale était au cœur du projet de l'Avise.

Quels ont été les premiers projets emblématiques de l’Avise ?

Au départ, la priorité était la consolidation de l’emploi dans les associations et dans les entreprises d’insertion.
Les DLA ont assez vite accompagné 6 000 à 7 000 projets associatifs par an, ce qui n’est pas rien. Un outil de mesure a été mis en place, permettant de suivre de façon précise et dans la durée, les effets de l’accompagnement sur l’emploi. C’était un gage de crédibilité vis-à-vis de l’État et de la Caisse des Dépôts, à une époque où la mesure d’impact n’était pas si évidente. Dès l’origine, il y avait cette idée : investissement, retour sur investissement, mesure.
L’Avise a également joué un rôle dans l’émergence et la reconnaissance de la thématique de l’entrepreneuriat social, en réunissant une vingtaine de dirigeants qui se reconnaissaient dans l’idée qu’on pouvait entreprendre avec des finalités d’intérêt collectif. Créé en 2006, ce Collectif pour le développement de l’entrepreneuriat social (Codes) a par exemple obtenu un espace dédié à l’entrepreneuriat social au Salon des entrepreneurs, soit une visibilité nouvelle et importante. La Caisse des Dépôts s’est fortement engagée sur cet entrepreneuriat. Puis sur ce sujet, le relais politique a ensuite été passé au Mouvement des entrepreneurs sociaux.
Les Fabriques à initiatives sont aussi un bon exemple d’innovation portée par l’Avise, avec l’idée de faire le lien entre la création d’entreprise et le développement local.
En mettant tout le monde autour de la table, on inverse le processus habituel partant d’un porteur de projet, pour partir du besoin du territoire, imaginer la solution et enfin créer l’entreprise qui va la porter. Je salue au passage le rôle clé de Christian Valadou, trop tôt disparu. Ces idées, que l’on retrouve par exemple aujourd’hui dans l’expérimentation Territoires zéro chômeur, dans des PTCE ou dans certains tiers-lieux ont irrigué bien au-delà des Fabriques elles-mêmes.

Comment qualifieriez-vous le rôle particulier de l’Avise en faveur de l’économie sociale et solidaire ?

Un rôle majeur et j’en suis fier. L’Avise est une de mes fiertés. Avec la communauté Émergence – qui réunit des incubateurs et autres acteurs de l’émergence de projets – et avec d’autres communautés – les DLA, le réseau Social value France sur la mesure d’impact, le collectif CréaRural –, l’Avise impulse et anime des communautés apprenantes formidables pour la co-construction des projets et le développement de l’ESS. Présents partout sur les territoires, les membres de ces communautés sont autant de capteurs qui lui permettent de repérer des enjeux nouveaux, d’expérimenter, d’innover. L’Avise est donc là où les choses démarrent, tout en ayant la capacité de déployer des dispositifs et de les porter dans la durée. L’Avise est animatrice des DLA, mais aussi organisme intermédiaire au niveau national du Fonds social européen (FSE) pour l’ESS. Elle est devenue acteur-clé de l’innovation au service du projet de l'ESS.

En 20 ans, le contexte a changé et l’ESS s’est affirmée. Comment l’Avise a-t-elle évolué face aux défis complexes que nous connaissons aujourd’hui ?

Sur le lien aux territoires et à l’Europe, l’Avise a beaucoup progressé. Ce n’était pas évident pendant la première décennie. Grâce aux Fabriques à initiatives par exemple, les collectivités territoriales perçoivent que l’ESS peut apporter des réponses concrètes à des enjeux majeurs tels que la mobilité, l’alimentation, le vieillissement, la désertification des centres-bourgs… L’Avise contribue ainsi au changement d’échelle de l’ESS, via des logiques d’essaimage et de pollinisation d’un territoire à l’autre. Ce changement d’échelle est aujourd’hui une priorité pour que les solutions soient à la hauteur de la transition systémique qui s’impose à nous.

 

>> En savoir plus : 

L'Avise est devenue un acteur-clé de l’innovation au service du projet de l'ESS.
Hugues Sibille, fondateur et président d’honneur de l'Avise
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