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Décryptage
Outre-Mer

L'ESS, une économie d'avenir pour les jeunes

Comment développer l'esprit "d'entreprendre autrement" chez les jeunes en Outre-mer ? Comment développer l'Économie sociale et solidaire (ESS) au bénéfice du développement local et de l'insertion des plus défavorisés ? Sensibilisation dès le plus jeune âge, accompagnement à l'émergence de projets dans des territoires isolés, structuration d'un écosystème favorable… Tour d'horizon avec les Chambres régionales de l'économie sociale et solidaire (CRESS) de Mayotte et de la Réunion et le Pôle territorial de coopération économique (PTCE) Ancrage Guyane.
  • L'ESS à l'école - Réunion
    L'ESS à l'école - Réunion

Développer l'ESS en Outre-mer

Les circuits courts de l'agroalimentaire, la santé et les services sociaux, l'économie circulaire, le tourisme innovant et l'auto-construction font partie des neuf axes du deuxième appel à projets "Economie sociale et solidaire Outre-mer" du ministère des Outre-mer. Dévoilés en mars 2017, les 48 projets lauréats témoignent d'un dynamisme certain. Pour que ce type de projets se multiplient, des acteurs sont aujourd'hui au travail.

Alors que la pauvreté et le taux de chômage des jeunes atteignent des records dans les départements d'outre-mer, il apparaît indispensable de faire connaître les opportunités d'emploi dans l'ESS et de donner aux jeunes le goût "d'entreprendre autrement".

130 mini-entrepreneurs de l'ESS à la Réunion

Chargée de mission à la CRESS de la Réunion, Coralie Latchoumane estime que la sensibilisation doit "commencer dès le primaire". Dans le cadre de la démarche "Mon ESS à l'école", la CRESS porte ainsi l'action "Le patron, c'est nous" avec l'Esper (l'Economie sociale partenaire de l'école de la République) et l'OCCE (l'Office central de la coopération à l'école).

Grâce à l'appui d'entreprises marraines volontaires, quelques 130 élèves de CM2 issus de six classes ont mené cette année des projets portant sur le sport adapté, le recyclage de textiles ou encore la création de matériaux de construction. Ils ont pu ainsi découvrir le fonctionnement d'une entreprise de l'ESS, notamment le processus démocratique de prise de décision. Pour Coralie Latchoumane, la démarche suscite à la fois "une réflexion en tant que citoyen" et "l'esprit d'entreprendre".

La CRESS entend donc poursuivre dans cette voie et construire des "parcours jeun'ESS", avec un crédo : la nécessité de développer les liens intergénérationnels entre les entrepreneurs de l'ESS et les plus jeunes, autant pour valoriser les premiers que pour aider les seconds à se lancer.

En Guyane, outiller les porteurs de projets dans les territoires les plus démunis

Cet esprit de solidarité est également mis en avant par le PTCE Ancrage Guyane, qui organise l'échange de pratiques et la mutualisation de services et locaux entre ses membres et qui déploie ses efforts dans plusieurs directions pour renforcer le réseau d'entreprises solidaires guyanaises.

"On accompagne des porteurs de projets issus de quartiers prioritaires de la politique de la ville et de villages amérindiens à créer leur propre activité", explique Amina Aboukhar Yekadamon, chargée de projets au PTCE Ancrage. A Cayenne, Matoury et Saint Laurent de Maroni, l'équipe cible particulièrement les jeunes. "Ils n'ont pas vraiment les compétences, on leur donne donc les outils pour structurer un projet et monter des demandes de financement", poursuit Amina Aboukhar Yekadamon. L'accompagnement passe aussi par des réunions d'information collective sur des besoins ciblés : marketing, commercial ou encore rédactionnel.

Dans des territoires où l'activité est peu développée, des projets intéressants ont ainsi pu émerger, tels que le chantier d'insertion "Body brain art" qui prévoit d'embaucher huit personnes en insertion pour se rendre dans des communes isolées en car et y réaliser des animations avec les jeunes. Autre exemple : dans le village amérindien de Sainte-Rose-de-Lima (commune de Matoury), Ancrage accompagne actuellement des jeunes dans leur projet de chantier d'insertion autour de la création d'un carbet traditionnel en bois.

Développer les clauses sociales et l'Insertion par l'activité économique à Mayotte

Six habitants sur dix de moins de 18 ans, la moitié d'entre eux déscolarisés, une population étrangère à 60% dont 40% en situation irrégulière… "A Mayotte, le contexte démographique et social est tel que nous soutenons toute initiative", explique Ben Amar Zeghadi, directeur de la CRESS du 101e département français.

Adapté à la réalité du territoire, l'accélérateur de projets Acc'ess permet aux porteurs de projets "d'accéder à l'ESS, de consolider des activités et d'en créer d'autres", détaille-t-il. Avec les investissements de rattrapage liés à la départementalisation, la commande publique est un vivier d'opportunités à saisir pour l'ESS, tant dans le champ de la santé, du social et du médico-social que des infrastructures ou encore de l'économie circulaire.

"On en a encore pour 20 ans, on manque de tout", estime Ben Amar Zeghadi. A côté d'autres programmes d'intervention, destinés par exemple à renforcer la gouvernance et le modèle économique des associations, la CRESS appuie donc le développement des clauses sociales et de l'insertion par l'activité économique, via le dispositif ESSOR, cofinancé par le Fonds Social Européen.

Consolider l'écosystème ESS

En Guyane, les structures de l'Insertion par l'activité économique ne sont que 14. En soutenant la création de nouvelles structures et le développement des clauses sociales, mais aussi l'innovation sociale et l'émergence d'une offre de formation – quasiment inexistante encore sur le champ de l'ESS -, l'association Ancrage entend multiplier les opportunités pour les jeunes et les publics précaires. "Ça va prendre du temps, mais ça commence à bouger un peu", observe Amina Aboukhar Yekadamon. Le PTCE Ancrage Guyane s'attache à promouvoir l'ESS et à étendre son réseau, en s'appuyant sur ses quatre collèges - entreprises, collectivités et organismes publics, associations, centres de formation et université (1).

A la Réunion aussi, le développement de l'ESS passe par le développement de partenariats et la structuration d'un écosystème favorable pour les porteurs de projets et les entrepreneurs. La CRESS est notamment partie prenante du Pôle réunionnais organisation développement innovation jeunesse (Prodij), lauréat du programme d'investissement d'avenir (PIA) Jeunesse. "L'objectif est de favoriser la structuration de la politique jeunesse locale, d'améliorer l'offre existante et d'accompagner la création de nouveaux projets", précise Coralie Latchoumane.

Les PTCE pour structurer des filières

Au-delà, la CRESS multiplie les partenariats – avec Pôle emploi notamment, ou encore des incubateurs généralistes – pour inscrire l'ESS dans la chaîne de l'accompagnement des demandeurs d'emploi et des créateurs d'entreprises. "On souhaite également soutenir les démarches de PTCE, les alliances entre entreprises de l'ESS et hors ESS, pour à la fois structurer des filières et favoriser le développement local", ajoute Coralie Latchoumane. Porté par l'établissement de formation en travail social Emap dans un quartier prioritaire de Saint-Pierre, le PTCE de Bois d'Olives fédère ainsi de nombreux partenaires, dont les signataires du contrat de ville, autour de plusieurs activités dont un pôle restauration et alimentation – transformation et vente en circuits courts, restauration collective, camion snack et ateliers pédagogiques.

Partir des besoins et des ressources du territoire pour développer l'ESS

A Mayotte, le projet d'éco-tourisme M'Tsangabeach est né de l'envie de valoriser un site de 4 hectares de plages. "Il s'agit de développer le tourisme, tout en permettant aux communes et associations d'organiser des séjours de loisirs pour les enfants, notamment dans le cadre du dispositif politique de la Ville Ville-vie-vacances", s'enthousiasme Ben Amar Zeghadi, ancien directeur de l'association Tama – devenue Mlezi Maore – qui a repris la gestion du site en 2013. Pour Ben Amar Zeghadi, l'économie solidaire est d'ailleurs dans l'ADN des Mahorais, à travers des traditions telles que le chicoa – dont le principe est celui de la tontine africaine. Des organismes comme France active étudieraient actuellement la possibilité de s'appuyer sur cet outil informel de prêt pour alimenter une sorte de banque régionale.

A Mayotte, comme à la Réunion et en Guyane, c'est bien en partant des besoins du territoire, de ses ressources et des compétences des habitants que l'écosystème de l'ESS entend prospérer et apparaître petit à petit comme incontournable.

Caroline Megglé

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(1) La Ville de Cayenne et la Communauté d'agglomération du Centre Littoral sont membres du PTCE. Ce dernier bénéficie du soutien global du fonds social européen (FSE) et de financements de la Collectivité territoriale de Guyane (CTG), des municipalités et de la Dieccte sur des projets spécifiques.

 

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