Vous êtes ici

HISTORIQUE

Émergence et professionnalisation des acteurs

Mis à jour le 12 Octobre 2020
Si les pratiques collaboratives sont anciennes – notamment dans les milieux isolés ou fragiles où les échanges sociaux sont importants : trajets mutualisés, prêt de matériel entre particuliers, etc. – leur changement d’échelle est un processus assez récent, avant tout impulsé par l’essor spectaculaire du numérique et les crises économiques et écologiques successives qui ont poussé producteurs et consommateurs à questionner leurs modèles.

Le numérique, levier du changement d’échelle de l’économie collaborative

Le fort développement du numérique et des technologies de l’information et de la communication a été le vecteur de l’émergence rapide de très vastes communautés d’individus, capables de se rassembler via des plateformes, d’interagir instantanément malgré une dispersion importante sur le territoire et de construire en commun. 

Cette révolution numérique, facilitant la mise en relation entre les individus, a ainsi démultiplié les possibilités d’échanges informels, transformant les pratiques collaboratives du quotidien en véritables alternatives à l’économie classique. La massification de ces pratiques et la facilitation des échanges de services, de produits ou d’informations a ainsi engendré de nouveaux modes et possibilités de consommation et de production, dont se sont inspirés et parfois emparés les acteurs économiques.

En parallèle, bien que les grandes plateformes numériques d’intermédiation nées et développées aux États-Unis représentent aujourd’hui des éléments structurants de l’économie collaborative, la forte diffusion des compétences et outils numériques a aussi permis l’émergence de communautés auto-gérées, d’acteurs associatifs et d’acteurs de proximité, de taille plus réduite mais bien implantés sur leur territoire.

Les crises économiques et environnementales, facteurs de développement de l’économie collaborative

Suite à la crise financière de 2008, de nombreux particuliers se sont tournés vers les nouvelles formes d’échange permises par la diffusion du numérique, à la fois parce qu’ils remettaient en cause les modes de consommation traditionnels
et les institutions au coeur de la crise
, mais également parce qu’ils souhaitaient faire des économies ou générer des compléments de revenus. En 2018, selon une étude Odoxa, commandée par AlloVoisins, plateforme de location de matériel
entre voisins, 50 % des Français percevaient l’économie collaborative comme une opportunité économique.

En parallèle, la perception nouvelle des transformations environnementales et la prise de conscience plus large des crises climatiques à venir jouent également un rôle important dans le développement de cette économie, en incitant chacun
à changer ses habitudes de consommation, à privilégier la réutilisation, l’optimisation et la mutualisation des biens et ressources, déjouant ainsi les modes de consommation traditionnels qui représentent une source d’épuisement des ressources.

Un essor spectaculaire accompagné d’une professionnalisation des acteurs

Depuis 2010, les initiatives de l’économie collaborative se développent très rapidement. Aujourd’hui, selon une étude de la Direction générale des entreprises, le marché de cette économie représente environ 3,5 milliards d’euros par an en France. La consommation collaborative occupe une place importante dans les habitudes des Français : 2 Français sur 3 ont recours à des services de l’économie collaborative et 73 % comptent l’utiliser à l’avenir. Chez les 25-34 ans, ce chiffre grimpe à 79 %, ce qui laisse présager une place de plus en plus importante dans les années à venir (étude Odoxa). 

Dans un premier temps, le concept d’économie collaborative et plus largement celui de consommation collaborative a été porté par une minorité d’acteurs, tels que Ouishare, pionnier en la matière en France. Animés par l’envie de faire évoluer l’économie « classique », ces acteurs ont souhaité proposer de nouveaux modèles pour répondre aux nombreuses conséquences des crises financières et environnementales.

Peu encadré par les textes législatifs préexistants, le développement de l’économie collaborative a fait émerger de nouvelles formes d’organisation du travail et de consommation. Si les premières initiatives étaient centrées sur les services
de particuliers à particuliers, certaines se sont professionnalisées, distordant le concept initial de communautés libres d’usagers-producteurs et provoquant de nombreux débats concernant la fiscalité imposée à ces plateformes et la précarisation de l’emploi qu’elles peuvent engendrer. Dans la pratique, l’échange direct entre particuliers est rare, selon la Revue Française des affaires sociales, et la création de nouveaux organismes intermédiaires, tels que les places de marché ou plateformes numériques, semble majoritaire.

En 2016, le député Pascal Terrasse a publié un rapport sur l’économie collaborative proposant un état des lieux du développement en France de cette dernière et mettant en avant son potentiel. Dans ce rapport, il formule notamment des propositions incitant l’État à se saisir de cette tendance forte et à créer les cadres législatifs et les écosystèmes favorisant une économie collaborative plus durable et vertueuse.

>> Pour en savoir plus, consultez le Rapport au Premier ministre sur l’économie collaborative, dirigé par Pascal Terrasse, en collaboration avec Philippe Barbezieux et Camille Herody, et édité en février 2016.