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Interview
François Dechy, président du groupe Baluchon Ensemble

L'approche économique de l'entreprise est différente de l'approche strictement financière

En cinq ans d’existence, Baluchon est passé du statut de petit traiteur d’insertion en Seine-Saint-Denis à celui de fleuron du “French Impact”. Avec un budget de 5 millions d’euros, l’ensemble est devenu un acteur structurant de la transition alimentaire sur les territoires fragiles. De son lancement en 2012 jusqu’à aujourd’hui, le projet a bénéficié des différents dispositif de soutien à la création et au développement des entreprises sociales et solidaires. Retour sur les grandes étapes qui ont marqué son développement financier avec François Dechy, président co-fondateur du groupe Baluchon Ensemble.

Pourquoi le financement en phase de lancement est-il si compliqué pour les entreprises de l’économie sociale et solidaire?

La première étape et la plus difficile à financer pour tout projet d’entrepreneuriat social est en effet celle de la R&D. Inventer des produits et des services qui visent à répondre à des besoins sociaux non satisfaits sur la base d’un modèle économique viable tout en générant un maximum d’impact social, environnemental et territorial... Si l’équation est enthousiasmante pour les entrepreneurs, elle l’est un peu moins pour les capital-risqueurs traditionnels. Il faut donc développer en chambre avant d’investir.

Comment Baluchon a-t-elle traversé cette première phase cruciale?

Nous avons eu la chance de bénéficier du fonds de confiance France Active. C’est un dispositif génial qui combine financement et incubation. Il m’a permis d’être salarié et accompagné par Vitamine T, premier groupe français d’insertion par l’activité économique. Nous avons ensuite créé l’association de préfiguration “A table citoyens” qui a lancé l’activité avec un premier plan d’investissement financé par des fondations, un prêt bancaire du Crédit coopératif garanti par France Active et un contrat d’apport associatif France Active pour couvrir notre premier besoin en fonds de roulement. Et lorsqu’en 2014, nous avons créé la société Baluchon, nous avons obtenu un prêt participatif de France Active investissement (ex-SIFA) de 50 000 euros, en complément d’un prêt bancaire du même montant.

Quels conseils l’équipe de Baluchon pourrait-elle donner aux porteurs de projet qui souhaiteraient se lancer ?

Dans un premier temps, il est impératif de bien maîtriser les liens entre le modèle économique du projet, la stratégie de développement et ses besoins de financement. L’idéal est de se faire accompagner pour cela. Ensuite il convient de savoir l’expliquer en jouant la transparence et l’anticipation avec son banquier. Cela permet d’éviter l’erreur classique d’auto-financer ses investissements avec des ressources nécessaires au cycle d’exploitation. Car si les banquiers sont frileux pour intervenir en fonds de roulement, il est en revanche plus facile d’emprunter pour acheter des biens amortissables

Cette politique se traduit comment pour Baluchon aujourd’hui ?

A notre niveau de développement, il nous apparaît plutôt sain d’avoir plusieurs partenaires bancaires.  Sur l’ensemble de nos activités, l’endettement bancaire représente 450 000 euros, contractés auprès de trois établissements, dont un tiers est garanti par France Active. 300 000 euros ont par ailleurs été contractés sous forme de billets à ordre remboursables à 5 ans émanant de l’épargne salariale auprès d’Ecofi (Filiale du Crédit Coopératif) et de France Active investissement.

Baluchon ensemble a bénéficié de toute la palette d’outils disponibles dans la finance solidaire sauf l’ouverture de son capital à des investisseurs. Est-ce d’actualité?

L’approche économique de l’entreprise est différente de l’approche strictement financière. Les investisseurs solidaires interviennent avec des produits sophistiqués, gagnent des droits de vote et ce n’est pas sans conséquences sur la gouvernance. Jusqu’à aujourd’hui, nous avons pu porter le développement et la diversification de notre activité sans modifier la structure de notre capital de départ, qui est partagé entre l’association “A table citoyens”, notre premier actionnaire, les salariés co-fondateurs, le groupe Vitamine T et une dizaine de personnes physiques investisseurs solidaires.

Nous tenons en effet à garder la maîtrise de notre destin et préserver notre modèle qui limite à l’extrême les possibilités de rémunération du capital (nos statuts prévoient que la rémunération du capital ne peut excéder le taux du livret A). Nous avons toujours réalisé des résultats excédentaires mais nous n’avons jamais versé de dividendes. Nos résultats ont toujours été réinvestis intégralement dans le développement de notre impact social. Cependant, l’ouverture de notre capital n’est pas tabou au regard de nos objectif de développement et d’essaimage, car au-delà de l’argent les investisseurs solidaires comme France Active, Inco, Phitrust, NovESS, apportent une expertise financière et un accompagnement qui peut être utile à la consolidation et au développement des entreprises.

Sébastien Poulet-Goffard, journaliste 
 
 

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