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FOCUS ESS

Développer des projets d’économie collaborative, sociaux et solidaires

Mis à jour le 12 Octobre 2020
Comment appliquer les principes de l’économie sociale et solidaire aux projets d’économie collaborative ? Il existe quatre piliers incontournables pour caractériser un projet d’entrepreneuriat social : la poursuite d’une utilité sociale, la recherche d’un modèle économique viable, la gouvernance démocratique et le réinvestissement des bénéfices dans le projet social. L’ancrage territorial est également une dimension centrale des projets de l’ESS.

Mettre l’utilité sociale au coeur des projets d’économie collaborative

Le principe premier des structures de l’ESS est leur objectif de répondre à un besoin social : la notion d’utilité sociale est donc au coeur du développement de leur projet et de leur modèle économique.

Voici quelques questions à se poser afin de créer ou repérer un projet d’utilité sociale :

  • Quelles sont les valeurs et la finalité du projet ? Le projet apporte-t-il une réponse à un ou plusieurs besoins sociaux mal couverts ?
  • Qui sont les bénéficiaires du projet ? Le service proposé répond-il aux besoins des plus fragiles ? Au-delà de la mise en relation numérique, quelle attention est portée à la création de lien social ? Si les bénéficiaires du service ne sont pas familiers avec l’utilisation du numérique, un accompagnement est-il proposé ?
  • Le modèle économique est-il mis au service de la finalité sociale du projet ? Les bénéfices sont-ils réinvestis dans les activités de la structure, afin de renforcer l’impact social de cette dernière ?
  • L’impact environnemental : le projet apporte-t-il une solution pour minimiser les impacts sur l’environnement ? Est-il lui-même géré de manière vertueuse et respectueuse de l’environnement ?

Choisir un modèle de gouvernance démocratique et participatif

L’économie collaborative repose sur la création et l’animation de communautés d’utilisateurs, terme qui recouvre des réalités très diverses. 

Dans l’économie collaborative sociale et solidaire, la gestion participative et démocratique de la communauté et de la plateforme est au coeur des modèles. Les instances de gouvernance des plateformes collaboratives peuvent alors intégrer, de façon plus ou moins forte, les contributeurs-usagers, selon des modèles qui varient fortement d’une initiative à l’autre, s’accordant à la taille et la finalité du projet mais aussi au profil des utilisateurs.

L’étude Gouvernances. Partager le pouvoir, partager la valeur. Comment les plateformes dessinent de nouveaux liens avec les communautés ?, publiée en 2017 par Ouishare, propose un aperçu de ces différents modèles, analysant le degré d’horizontalité et de participation des parties prenantes au sein de la gouvernance. Ainsi, au sein de modèles de gouvernance participative, un comité de contributeurs-usagers actifs participe de façon systématique aux instances de gouvernance, tandis que d’autres modèles, où le pouvoir est dit « distribué », accordent un pouvoir de décision à l’ensemble des contributeurs.

Le choix d’un modèle de gouvernance démocratique et participatif peut aussi se traduire par le choix de modèles coopératifs, telles que les sociétés coopératives d’intérêt collectif (SCIC) ou les sociétés coopératives de production (SCOP), qui associent les parties prenantes à leurs processus de décision : les bénéficiaires et les divers acteurs du territoire devenant ainsi contributeurs de l’élaboration, de l’amélioration et du développement du service. Chez Mobicoop, plateforme coopérative de covoiturage, bénéficiaires, bénévoles, salariés, personnes physiques ou morales contributrices peuvent faire entendre leur voix et participent aux décisions stratégiques lors des assemblées générales, en vertu du principe « une personne = une voix ».

Construire un modèle économique au service du projet social

Les plateformes collaboratives créent de la valeur à la fois pour celui qui fournit le service (rémunération, contrepartie, etc.), pour celui qui en bénéficie (économies) et pour l’intermédiaire (commission ou autre forme de rémunération). Dans une entreprise de l’ESS dont la finalité est la réponse à un besoin social, le modèle économique, qu’il soit marchand ou partiellement marchand, est construit pour et autour du besoin social visé. La rentabilité est alors un moyen au service du projet social de l’entreprise.

S’il est nécessaire pour la structure de trouver un modèle économique viable et pérenne qui lui permette de faire perdurer l’activité, de réaliser les investissements nécessaires et de rémunérer ses salariés, le positionnement en tant qu’intermédiaire des plateformes collaboratives demande un équilibre particulier entre pérennité du modèle économique et accessibilité de l’offre de la plateforme : une commission trop importante imposée par la plateforme peut, en effet, rendre le service inaccessible à certains utilisateurs et réduire ainsi l’impact social du projet. Il est donc nécessaire, dès la conception du projet, de bien définir quelle partie supportera le coût, en s’appuyant sur la finalité sociale du projet : l’ensemble de la communauté d’utilisateurs ? celui qui fournit le service ou celui qui en bénéficie ? des partenaires privés ou publics ?

Enfin, la Loi du 31 juillet 2014 relative à l’économie sociale et solidaire impose un encadrement de la lucrativité et empêche ainsi la spéculation sur le capital et les parts sociales. Les projets d’ESS, afin de renforcer leur impact social, doivent donc réinvestir leurs bénéfices dans le maintien et le développement de leur activité, contrairement aux entreprises classiques qui partagent librement les bénéfices entre les détenteurs du capital. Pour répondre à cette exigence, certaines plateformes collaboratives réinvestissent leurs bénéfices dans la conception de nouveaux services au profit de leur bénéficiaires. C’est par exemple le cas de Réservation en Direct, association à but non lucratif qui regroupe les hébergeurs professionnels et favorise le contact direct de ces derniers avec leurs clients, via sa plateforme Fairbooking.com. Cette plateforme réinvestit ainsi une partie des commissions, perçues sur les réservations effectuées, dans le déploiement d’activités de formation et de sensibilisation du grand public, des médias et des institutionnels aux enjeux du tourisme en ligne et dans le développement de son offre de services à destination de ses adhérents.

S’ancrer sur le territoire

Les structures de l’économie collaborative sociale et solidaire se sont largement saisies de la question du lien social et des échanges de proximité et s’engagent résolument pour le développement économique des territoires. Elles représentent un levier important de développement des territoires car les pratiques collaboratives sont propices à faire émerger des formes de démocratie locale et à redynamiser l’économie du territoire. De nombreux projets collaboratifs présentent un fort ancrage territorial et développent, par leur modèle organisationnel et leur finalité, des pratiques impliquant une importante horizontalité et des communautés d’échange de proximité. Ces pratiques encouragent ainsi la création d’un lien social durable entre les habitants et facilite l’investissement de ces derniers au sein de projets collectifs, ouvrant la voie d’une redynamisation du territoire.

Réinvestissant leurs bénéfices dans leur projet social, les plateformes sociales et solidaires investissent sur le territoire pour répondre à des besoins peu ou mal couverts, créent de nouveaux emplois et des activités locales. C’est par exemple le cas d’Ekosea, une plateforme de financement participatif dédiée à la mer et à l’environnement, implantée à Lorient, qui permet la création de projets locaux – plus de la moitié des porteurs de projets sont bretons. Depuis sa création en 2015, la plateforme a permis de soutenir près de 150 projets, avec plus de 700 000 euros de financement levés, tout en favorisant l’implication des citoyens et en ancrant son activité au sein du territoire.

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