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DÉCRYPTAGE

Économie collaborative, sociale et solidaire : de quoi parle-t-on ?

Mis à jour le 2 Juillet 2020
Comment définir l’économie collaborative ? Quels sont les grands modèles économiques sur lesquels elle s’appuie ? En quoi peut-elle répondre aux critères de l’économie sociale et solidaire et contribuer à l’intérêt général ? Définitions et décryptages.

De multiples réalités

L’économie collaborative est en évolution permanente, couvre des secteurs très divers et son essor est récent. C’est pourquoi il est difficile d’en donner une définition précise, d’autant qu’il n’existe pas de cadre légal définissant l’économie collaborative comme c’est par exemple le cas pour l’économie sociale et solidaire (ESS) définie par la Loi du 31 juillet 2014 relative à l’économie sociale et solidaire. Certains critères font toutefois consensus, ce qui permet de poser les contours de cette économie.

L’économie collaborative peut ainsi être définie comme une économie qui :

  • Repose sur des réseaux ou des communautés d’usagers ;
  • Vise une mutualisation des ressources matérielles ou immatérielles ;
  • Se fonde sur des échanges horizontaux et non verticaux ;
  • S’appuie généralement sur des plateformes numériques comme intermédiaires entre les usagers.

Cette large définition couvre des activités de natures très diverses, incluant aussi bien des projets à but lucratif que des projets de l’ESS au service d’une finalité sociale ou environnementale.

Au sein de l’économie collaborative, trois grandes catégories de modèles économiques se distinguent :

  • Des modèles à but lucratif qui s’appuient sur un schéma collaboratif pour se positionner sur un marché concurrentiel – AirBnb ou Uber, par exemple – et dont les externalités sociales et environnementales négatives – formes d’emploi précaires, évasion fiscale, etc. – sont aujourd’hui fortement critiquées ;
  • Des modèles à but lucratif qui mènent des activités d’utilité sociale : le projet peut avoir des impacts positifs pour la société et l’environnement mais la finalité reste la maximisation du profit. C’est le cas de la plateforme de covoiturage Blablacar notamment ;
  • Des modèles d’économie collaborative sociale et solidaire qui correspondent à la fois aux critères de l’économie collaborative et à ceux de l’économie sociale et solidaire. Ces projets répondent à un besoin social ou environnemental et prônent une consommation plus responsable. Ils proposent un modèle de gestion démocratique et participatif, encadrent leur lucrativité – réinvestissement des bénéfices dans le projet social de la structure –, tout en recherchant un modèle économique viable et un fort ancrage territorial. C’est le cas par exemple de Fairbooking, plateforme française de référencement d’hôtels qui promeut l’économie locale.

Une économie collaborative, sociale et solidaire

En 2016, lors de sa rencontre Économie collaborative & ESS, le Labo de l’ESS a proposé une définition de l’économie collaborative sociale et solidaire :

[L’économie collaborative sociale et solidaire est] une économie horizontale de relation directe tournée vers la mutualisation et le partage des connaissances, des services et des biens où les échanges sont basés sur l’équité, la transparence et la convivialité.
Hugues Sibille, président du Labo de l’ESS, Compte rendu de la rencontre Économie collaborative & ESS du labo de l’ESS, 2016

Les vertus de cette nouvelle forme d’économie sont multiples : reposant sur le partage et la confiance au sein de communautés d’utilisateurs, l’économie collaborative favorise la création de lien social. En rendant possible la mutualisation des ressources et la réutilisation des objets, elle s’insère dans une logique d’économie circulaire et permet ainsi une nette réduction de l’impact environnemental de la consommation. Elle inverse également le rapport classique entre producteur, distributeur et consommateur et offre à chacun la possibilité de cumuler ces statuts et de devenir à la fois acteur économique et acteur de sa consommation.

Afin de soutenir ce mouvement, La Coop des Communs a lancé en décembre 2017 le projet Plateformes en Communs, dans le but de favoriser le développement de plateformes alternatives et de renforcer l’émergence de ces nouvelles pratiques
économiques et organisationnelles issues du numérique. Dans ce cadre, elle a publié un manifeste pour défendre l’idée « qu’à côté des plateformes capitalistiques, de nouvelles plateformes émergent, plus inclusives, ouvrant leur gouvernance
à leur communauté, favorisant des démarches ouvertes et transparentes, recherchant un partage équitable de la valeur créée entre l’ensemble des parties prenantes
».

Présente dans de nombreux secteurs – mobilité, culture, hébergement, etc. – l’économie collaborative sociale et solidaire s’appuie sur divers modèles, que résume le programme de recherche-action ShaREvolution, mené par la Fing et Ouishare, spécialistes des transformations numériques et des projets collaboratifs : 

  • L’échange de services entre particuliers (ex : covoiturage, repas à domicile) ;
  • L’accès à un bien ou une ressource (ex : location de voiture entre particuliers) ;
  • La réutilisation d’un bien ou « re-distribution » (ex : plateforme d’achat d’objets d’occasion) ;
  • Des systèmes coopératifs locaux (ex : AMAP, plateformes de voisinage, etc.).

Des ressources pour aller plus loin

>> Cartographie des acteurs de la consommation collaborative, réalisée en 2015 par la Fing et Ouishare

>> Deux publications issues du cycle ProspectivESS de 2016 du Labo de l’ESS : Économie collaborative et ESS : je t’aime, moi non plus ? et Vers une économie collaborative sociale et solidaire ?