Interview

La MAIF, engagée pour une société collaborative

Publié le 31 mai 2023 - Mise à jour le 04 juillet 2023
Acteur majeur de l’économie sociale et solidaire, la MAIF s’engage depuis plus de 10 ans pour soutenir la nouvelle économie collaborative. Entretien avec Thomas Ollivier, responsable du développement et des partenariats B2B.

Pourquoi la MAIF s’est-elle engagée pour une société collaborative ?

Thomas Ollivier - Il y a un ADN commun entre ce qui a motivé la création de la MAIF en 1934 et les valeurs de certaines plateformes de l’économie collaborative. La MAIF est née du constat de professeurs qu’en matière d’assurance, une démarche collaborative et communautaire permet d’être plus performant et donc mieux servis.  

 

Nous sommes depuis convaincus que le collaboratif et le mutualisme sont vertueux d’un point de vue sociétal et économique.  Nous avons été précurseurs dans le soutien aux premiers projets de covoiturage parce qu’ils incarnaient ces valeurs de mutualisme. Depuis, nous suivons attentivement l’émergence de ces nouveaux modèles et nous constatons de nombreux gènes en commun avec la MAIF : des modèles économiques vertueux s'appuyant sur le collectif, le sens au cœur du projet d'entreprise, ainsi que la volonté de créer du lien et de la confiance entre les gens. 

Comment la MAIF contribue-t-elle au développement de l’économie collaborative ?

T.O. - Nous intervenons de quatre manières pour soutenir l’économie collaborative. Tout d’abord, en cohérence avec notre cœur de métier, nous accompagnons le mouvement sur les questions d’assurance et créons des offres sur mesure pour répondre aux besoins des projets. De 2014 à 2018, nous sommes passés de 0 à 280 start-up de l’économie collaborative assurées par la MAIF. Bien que nous n’ayons encore que peu de recul sur les conséquences de ces nouveaux usages d’un point de vue assurantiel, nous souhaitons prendre le risque de nous engager auprès de ces projets. 

 

Nous investissons dans les start-up pour soutenir leur développement. Nous avons créé un fonds d’investissement dédié à ces projets, qui a soutenu plus de 20 start-up de l’économie collaborative entre 2014 et 2016. Aujourd’hui, le fonds a élargi son périmètre mais nous gardons cette volonté de soutenir économiquement les modèles prometteurs. 

 

Nous créons également de « l’hybridation » entre les start-up et le groupe MAIF. En effet, nous voulons changer la chaîne de valeur du groupe MAIF en mélangeant notre savoir-faire à celui des start-up. C’est ce que nous avons fait par exemple avec le projet Mes Dépanneurs, qui intervient en complément de la MAIF dans le cas de sinistres non pris en charge. Enfin, nous apportons notre soutien au secteur sur des actions de communication et d’événementiel afin de faire connaître ces modèles au plus grand nombre : nous soutenons par exemple Ouishare dans ses actions de promotion de l’économie collaborative, nous publions chaque année un hors-série Idée collaborative en lien avec Socialter, etc. 

Comment concilier économie collaborative et ESS ?

T.O. - Le soutien à cette nouvelle économie a soulevé beaucoup de débats en interne. En tant que pilier de l’ESS, nous étions attachés à des statuts de référence qui garantissent des valeurs et principes de fonctionnement, alors que l’économie collaborative n’en a pas. Par ailleurs, de nombreux raccourcis ont créé de forts amalgames entre la montée de l’économie collaborative et « l’ubérisation » de la société, alors que des acteurs comme Uber ne se revendiquent pas de cette économie. 

 

Il a donc fallu rassurer les militants, car la MAIF appartient à ses sociétaires. Dans les instances de vie démocratique du groupe, nous avons montré que nous n’allions pas soutenir des plateformes qui précarisent le travail mais qui cherchent au contraire des modèles plus vertueux, prenant en compte les différentes parties prenantes (salariés, partenaires, environnement, etc.). 

 

Il faut sortir également de l’idée que le profit est « mauvais » pour ces projets : la lucrativité de certaines plateformes de l’économie collaborative est une chance, parce qu’elles viennent casser des monopoles et bousculer des habitudes. Le tout est de poser la question de la redistribution et de l’utilisation des bénéfices. 

 

Nous sommes convaincus que l’émergence de ces modèles a bousculé positivement l’ESS. Depuis 2014, l’ESS est devenue beaucoup plus attrayante car plus ouverte, plus évolutive et plus en phase avec les enjeux actuels de digitalisation. Pour concilier ESS et économie collaborative, nous choisissons donc avec attention les sociétés que nous accompagnons en regardant surtout la manière dont la valeur créée est réinvestie et repartagée et la façon dont elles utilisent et exploitent les données collectées. 

Selon vous, quels sont les freins et enjeux pour le déploiement de ces modèles aujourd’hui ?

T.O. - La plupart des entrepreneurs découvrent l’existence de l’ESS après s’être lancé dans l’aventure. Or, les statuts proposés par l’ESS sont souvent plus adaptés à leurs besoins que ceux de l’économie classique. Il faut donc encore démocratiser l’ESS et faire évoluer les discours pour que de jeunes entrepreneurs innovants s’y intéressent dès le début de leur démarche. 

 

On sent également que l’écosystème d’accompagnement et de financement se structure, notamment avec le mouvement autour des « entreprises à mission » et l’arrivée de la Loi PACTE. Nous sommes donc dans une phase de pivot qui va permettre de favoriser l’émergence d’incubateurs et de fonds dédiés, encore insuffisants jusque-là. De grands groupes comme la Croix-Rouge Française se lancent dans la création de fonds d’investissement pour ce type de projets entrepreneuriaux et responsables, c’est très positif pour le développement du secteur. 

Quels conseils donneriez-vous à un porteur de projet dans l’économie collaborative sociale et solidaire ?

Premièrement, ce n’est pas parce qu’on est une entreprise de l’ESS qu’on aura davantage de bienveillance de la part du marché ou des investisseurs et actionnaires. L’objet social ne se suffit pas à lui-même, les règles du jeu sont les mêmes pour tous les entrepreneurs. Il faut donc se plier aux mêmes règles de fonctionnement : creuser le modèle économique, bien étudier les dangers et la concurrence, avoir une gestion irréprochable, etc. 

 

Il ne faut pas entreprendre « pour faire partie de l’ESS » mais plutôt utiliser les statuts de l’ESS car cela fait partie intégrante de son modèle. Ensuite, il faut être ambitieux mais savoir rester humble et ouvert aux collaborations avec le tissu économique français. Les grands groupes doivent se transformer pour s’adapter à cette nouvelle économie qui arrive. On va vers de plus en plus de rapprochements entre start-up et entreprises et il faut saisir cette chance. 

 

En France, nous n’avons pas la même facilité qu’aux États-Unis pour lever de gros montants pour des start-up. En revanche, nous avons cette chance d’avoir de nombreux partenaires potentiels prêts à créer des écosystèmes pour innover. Il faut donc entreprendre grâce, avec et pour des partenaires !

La MAIF, née en 1934, est un assureur militant mutualiste. Acteur majeur de l’économie sociale et solidaire, la MAIF s’est engagée depuis plus de 10 ans pour soutenir la nouvelle économie collaborative. Agissant en tant que mentor ou sponsor, elle déploie ses actions à travers deux pôles : MAIF Avenir pour l’ESS – qui représente 133 millions d’euros investis depuis 2015 dans des jeunes sociétés innovantes de l’économie collaborative et du digital – et MAIF Investissement social et solidaire – qui a permis d’investir 24 millions d’euros dans l’entrepreneuriat social et l’économie solidaire depuis 2014. 

 

Thématiques

Économie sociale et solidaire
Innovation sociale

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