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ENJEUX

En France, les inégalités scolaires s’aggravent

Dernière mise à jour : le 10 Septembre 2019
Depuis 10 ans, l’OCDE, dans son classement issu des données PISA, rapporte une aggravation des inégalités à l’école en France. En 2015, l'école française est celle où l'origine sociale des enfants pèse le plus lourd dans les résultats scolaires, parmi les pays de l'OCDE. Pourquoi et comment lutter contre ces inégalités ?

Le constat : les inégalités se creusent à l’école

Les résultats de l'enquête PISA et ceux des études françaises convergent : les inégalités scolaires se sont creusées en France.

Le rapport du Cnesco sur les inégalités scolaires rappelle ainsi qu’en 2012 les élèves des établissements les plus défavorisés ne maîtrisent que 35% des compétences attendues en français en fin de troisième, contre 60% d’entre eux en 2007. En parallèle, les élèves des établissements les plus favorisés maîtrisent au moins 80 % des compétences requises ou plus.

Les conditions de vie en cause dans l'échec scolaire

Des facteurs relatifs aux conditions de vie sont considérés comme susceptibles d’être associés à l’échec scolaire. En première position on trouve les conditions d’emploi des parents, les conditions familiales et les conditions culturelles.

Six principales variables de conditions de vie sont retenues dans l’Atlas des risques sociaux d’échec scolaire, réalisé par la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP), en 2016 :

  1. Le niveau de revenu des parents. Les familles qui se trouvent dans le décile des revenus les plus faibles sont particulièrement touchées.
  2. Le chômage et la précarité en emploi, qui mettent en doute la rentabilité des études et détériorent l’image du marché du travail.
  3. Le niveau de diplôme et les compétences des parents.
  4. Le fait de vivre dans une famille monoparentale, contexte réduisant objectivement la possibilité d’aide au travail à la maison.
  5. Le fait de vivre dans une famille nombreuse, ayant pour effet le rationnement du temps d’aide aux devoirs.
  6. Les conditions de logement, impliquant notamment un rationnement de l’espace par surpeuplement.

Une école française qui amplifie les inégalités sociales

Selon le rapport du Cnesco sur les inégalités scolaires, réalisé en 2016, l’école hérite d’inégalités familiales mais produit aussi, en son sein, des inégalités sociales de natures différentes qui se cumulent et se renforcent : inégalités de résultats, d’orientation, de diplôme, de rendement social du diplôme.

Une longue chaîne de processus inégalitaires, à toutes les étapes de la scolarité, conduit ainsi à faire de l’école française un lieu de reproduction sociale.

La fabrique des inégalités à l'école, Cnesco, 2016
La fabrique des inégalités à l'école, Cnesco, 2016

L’éducation prioritaire, une discrimination devenue négative

Selon la Cour des comptes, l’éducation prioritaire n’a pas atteint son objectif de limiter à 10% les écarts de niveaux entre les élèves en éducation prioritaire et les autres : selon les disciplines, ces écarts demeurent entre 20 et 35 %.

Si les établissements concernés bénéficient de moyens supplémentaires (taille des classes inférieure, encadrement hors enseignants plus important, dotations de fonctionnement plus élevés, etc.), ils souffrent d’autres faiblesses :

  • temps d’enseignement plus courts ;
  • enseignants moins expérimentés ;
  • absentéisme des équipes éducatives plus élevé ;
  • contractuels plus nombreux ;
  • etc.

Des leviers pour lutter contre les inégalités scolaires  

Réorienter les politiques publiques

Depuis l’avènement du collège unique en 1975, les pouvoirs publics ont privilégié les dispositifs de compensation envers les établissements les plus défavorisés, sans succès.

Selon la Cour des Comptes, qui formule 17 recommandations, il s’agit désormais de répartir autrement les ressources, en privilégiant les réseaux d’éducation prioritaire les plus en difficulté, de créer un système d’évaluation performant, de donner plus d’autonomie aux réseaux et d’autoriser plus d’innovation et de capacité d’expérimentation de la part des établissements.

Le Cnesco, dans son rapport sur les inégalités scolaires, recommande, en outre, de faire évoluer les pédagogies et la formation continue des enseignants.

>> Pour aller plus loin, consultez la note d’analyse Écoles primaires : mieux adapter les moyens aux territoires, éditée par France stratégie en 2019

S’appuyer sur les associations qui agissent pour l’égalité des chances

En coopération avec les établissements et les équipes éducatives, de très nombreuses associations se mobilisent elles aussi pour lutter contre les inégalités sociales et culturelles et prévenir le décrochage scolaire.

Ces associations interviennent en direct dans les établissements, comme l’Association de la fondation étudiante pour la ville (AFEV) ou Energie jeunes qui développe l’engagement et l’autodiscipline chez chaque collégien.

D’autres agissent en dehors des écoles, comme l’association Article 1, qui accompagne les enfants et jeunes adultes issus de milieux populaires, notamment à travers un système de mentorat.

Agir dès la petite enfance

 

On estime qu'à 4 ans, l'écart de pratique familiale du langage est d'environ 1 000 heures selon les origines sociales et qu'à l'entrée au CP, à 6 ans, il existe une différence de 1 000 mots maîtrises à l'avantage des enfants issus de milieux défavorisés.
La France, pays de la reproduction de la pauvreté, ministère des Solidarités et de la Santé, 2018

Cet écart de maîtrise du langage aura un impact déterminant sur la réussite scolaire et plus tard la trajectoire professionnelle des enfants. Or c'est entre 0 et 3 ans, période où le cerveau connaît sa période de développement neuronal la plus importante, que des programmes de renforcement des habiletés cognitives, langagières, sociales, émotionnelles du tout petit ont le plus d'impact. Ces programmes éducatifs sont encore trop peu répandus malgré les résultats probants de la recherche. 

Dans ce domaine, les acteurs de l'ESS sont engagés et jouent un rôle d'influence important, en soutien des politiques publiques. On peut citer Parler Bambin, programme de formation action, porté par l'Agence nouvelle des solidarités actives (Ansa), destiné aux professionnels petite enfance pour stimuler le développement langagier du tout petit, le programme Jeux d'enfants mis en place par Générations mutualistes, le réseau famille de la Mutualité française, ou encore 1001 mots, association qui se consacre à l'éveil du langage des tout-petits dont les parents sont défavorisés.

Démocratiser les pédagogies alternatives

De nombreuses écoles expérimentent des pédagogies alternatives : écocitoyennes, inversées, démocratiques, inspirées des pédagogies Montessori, Steiner ou encore Freinet.

Si les écoles alternatives restent aujourd’hui réservées à une minorité, en raison de leur nombre réduit et de coûts de scolarité souvent élevés, certaines d’entre elles sont présentes dans les quartiers populaires. C’est le cas des écoles Freinet, reposant sur le projet politique de leur initiateur, Célestin Freinet, qui souhaitait émanciper les classes populaires et développer la puissance d’agir des élèves dans une société inégalitaire. 

Développer les pédagogies actives et coopératives

Autre démarche : la pédagogie coopérative. S’il existe différentes approches, elles se rejoignent toutes autour de plusieurs principes clés comme l’institution d’un climat coopératif en classe, fondé sur des valeurs de respect, de solidarité, d’entraide et de gestion démocratique de la vie de la classe.

Il s’agit aussi d’amener les élèves à travailler en collectif, notamment au sein de groupes hétérogènes, pour qu’ils construisent ensemble leur savoir, sans esprit de compétition. Ces principes clés sont rappelés par l’Office central de la coopération à l'école (OCCE), mouvement national qui développe les valeurs de la coopération au sein des écoles. 

A l’école, l’apprentissage de la coopération passe notamment par la création et la gestion d’une coopérative scolaire. Nées au lendemain de la Première guerre mondiale, celles-ci ont pour objectif d’éduquer les élèves (par l’apprentissage de la vie associative et la prise de responsabilités réelle en fonction de leur âge) à leur futur rôle de citoyens.

Définie par la circulaire ministérielle du 23 juillet 2008, « la coopérative scolaire est un regroupement d'adultes et d'élèves qui décident de mettre en œuvre un projet éducatif s'appuyant sur la pratique de la vie associative et coopérative ».

Aujourd’hui, la plupart des écoles primaires et un grand nombre d’établissements du second degré, d’établissements spécialisés ou d’Institut universitaire de formation des maîtres (IUFM), peuvent s’appuyer sur une coopérative scolaire pour développer leur action éducative.