Vous êtes ici

DÉCRYPTAGE

ESS et culture : de quoi parle-t-on ?

Dernière mise à jour : le 15 Octobre 2019
Comment définir la culture ? Quels secteurs recouvre-t-elle ? Combien de travailleurs et de bénévoles s'y investissent ? Dans cet ensemble, quelle place l'ESS occupe-t-elle ? Dans quels domaines les associations employeuses sont-elles les plus présentes ? Éclairages.

Le secteur culturel : contours et spécificités

« La culture est ce que nous sommes et ce qui façonne notre identité. Aucun développement ne peut être durable sans inclure la culture », peut-on lire sur le site de l’Organisation des Nations unies pour l'Éducation, la science et la culture (UNESCO). Cet organisme international s'attache à promouvoir la culture, notamment de façon transversale au travers des Objectifs de développement durable (ODD), alors que la diversité culturelle a été reconnue dès 2005 comme un ressort fondamental du développement durable dans la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles, issue de la Conférence générale de l’UNESCO.    

Entreprendre dans la culture, c'est avoir affaire à des modes de production et de consommation particuliers, à des biens uniques (un tableau, un concert…) ou singuliers (un livre, un film…) qui sont liés à un processus de création. Toute création culturelle entraîne pour son initiateur une « incertitude radicale » sur la façon dont son projet sera reçu par le public, selon l'économiste Françoise Benhamou. Cette dernière, spécialiste de l'économie de la culture et des médias,  distingue deux sous-ensembles dans la culture : les biens uniques ou exceptionnels (le patrimoine, les beaux-arts, le spectacle vivant) et les biens reproductibles, c'est-à-dire les industries culturelles (l'édition de livres, la musique enregistrée, le cinéma, les jeux vidéo ).

>> Pour en savoir plus, découvrez le MOOC « Entreprendre dans les Industries Culturelles à l'ère du numérique », proposé par l'École d'affaires publiques de SciencesPo et le Ministère de la Culture.

Le périmètre du secteur de la culture peut être défini de différentes façons : 

  • À partir des branches professionnelles : le spectacle vivant, le livre, les arts visuels, l'architecture, le patrimoine, la presse, l'audiovisuel et l'enseignement culturel. À ces dernières, le ministère de la Culture ajoute les agences de publicité. Le total de ces neuf branches a généré 44,5 milliards d'euros en 2016, selon le Département des études, de la prospective et des statistiques (Deps) du ministère de la Culture.  

  • À partir de ceux qui y travaillent : toujours selon le Deps, 620 000 personnes en 2015 (soit 2,4% de la population active), dont un tiers d'indépendants (contre 12% dans la population active). Ces actifs travaillent d'abord dans les secteurs du livre et de la presse (18%), des arts visuels (16%) et de l'audiovisuel (15%). À ces professionnels, il faut ajouter l'ensemble des bénévoles qui s'investissent, à différents titres, dans le domaine culturel : 3,5 millions de participations bénévoles dans des associations culturelles étaient recensées en 2013 . 

  • À partir des entreprises : 142 000 entreprises culturelles dites « marchandes »  (hors micro-entrepreneurs) en 2015, dont 95% employant moins de 10 salariés ; 268 000 associations culturelles en 2013, dont 43 500 associations employeuses (soit 16% de l'ensemble)  et quelques 300 sociétés coopératives.

>> Pour en savoir plus, découvrez l'étude « Rapprocher la culture et l'économie sociale et solidaire », réalisée en 2017 par Bernard Latarjet, en partenariat avec le Labo de l’ESS et avec le soutien de la Fondation Crédit Coopératif.

Entreprises culturelles et ESS : quelques repères

Le secteur culturel est caractérisé par une grande diversité de domaines, professions, statuts et cultures artistiques et professionnelles spécifiques. Alors qu'une partie importante de la culture relève de l'économie sociale et solidaire (ESS), les univers de la culture et de l'ESS se connaissent encore peu et des associations telles qu’Opale (Centre de ressources culture du Dispositif local d’accompagnement) et le Labo de l'ESS travaillent à leur rapprochement. 

Pour qualifier les activités culturelles, le ministère de la Culture s'appuie sur une distinction entre marchand et non marchand : « la production de biens et de services bénéficiant de l’apport de dépenses publiques et commercialisée à un prix représentant moins de 50% des coûts de production est non marchande ». Le volet non-marchand, qui inclut le tout public, représente 18% de la production culturelle totale (contre 12% dans l'ensemble de l'économie), avec des variations très sensibles selon les secteurs. Certains secteurs sont majoritairement non marchands : le patrimoine (94%), l'enseignement (56%) et le spectacle vivant (56%). 

Parmi les 43 500 associations employeuses du secteur, 46% ont pour domaine principal le spectacle vivant et 18% l'enseignement culturel (voir graphique). En 2013, les associations culturelles employaient 200 000 salariés, correspondant à 77 000 ETP (les trois quarts des emplois étant à temps partiel). En moyenne, on compte quatre salariés par association, mais 64% des associations employeuses en ont moins de deux. À noter que, dans le secteur marchand, 95% des entreprises culturelles ont moins de 10 salariés.   
 

Répartition des associations culturelles employeuses et non employeuses par domaine d’activité principal en 2013 - Ministère de la Culture et de la Communication, janvier 2019
Répartition des associations culturelles employeuses et non employeuses par domaine d’activité principal en 2013 - Ministère de la Culture et de la Communication, janvier 2019

Dans son étude intitulée Rapprocher la culture et l'économie sociale et solidaire, Bernard Latarjet croise plusieurs critères pour aboutir à un périmètre plus restreint des entreprises culturelles de l'ESS, en excluant notamment les associations pouvant être qualifiées de parapubliques. Selon lui, 30 000 à 35 000 structures culturelles relèvent ainsi de l'ESS, soit 15 à 17% de l'ensemble des établissements de l'ESS. Il s'agirait à 90% d'associations, mais aussi d'autres formes telles que des Sociétés coopératives et participatives (Scop) et des Sociétés coopératives d'intérêt collectif (Scic). Ces entreprises de l'ESS rassemblent 26% des emplois culturels, avec une moyenne de 5 ETP par entreprise.