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Décryptage
Financement

Financer l'ESS : un paysage contrasté

En croissance depuis une quinzaine d’années, l’épargne solidaire ne s’est jamais aussi bien portée. Cependant, si les entreprises les plus solides réussissent à se financer sans difficulté, les jeunes pousses peinent encore à renforcer leurs fonds propres en phase d’amorçage, privant de financements des projets à fort potentiel.
Questions de statuts et de choix stratégique (voir l’interview de François Dechy, président de Baluchon), les importantes levées de fonds en capital sont assez rares en ESS. Celles de Phénix et Simplon font encore figure d’exceptions. Avec plusieurs dizaines de collaborateurs chacune, ces sociétés agréées ESUS qui se développent et s’implantent sur de nombreux territoires ont, en cumulé, levé presque 30 millions d'euros sur les marchés ces deux dernières années.
 
“Le contexte est porteur”, reconnaît Frédéric Tiberghien, président de Finansol, fédération de 90 associations et entreprises réunies pour la promotion de la finance solidaire. “Si l’on considère les 12,56 milliards d’euros d’encours et les 423 000 nouvelles souscriptions d’un placement solidaire fin 2018, l’épargne solidaire n’est plus une finance de niche ! affirme-t-il. Et avec une croissance de 15 à 20% par an sur les quinze dernières années, la collecte d’épargne solidaire est encore amenée à se renforcer”, poursuit-il.

Les pouvoirs publics soutiennent la tendance

Ce passage à une logique d’investissement responsable s’explique de plusieurs manières. “Les épargnants aspirent de plus en plus à donner du sens à leurs placements et, depuis la loi de modernisation de l’économie de 2008, les pouvoirs publics - avec plus ou moins de conviction selon les gouvernements - soutiennent globalement la tendance”, continue le responsable associatif par ailleurs Conseiller d’Etat.  “Avec la Loi Pacte, l’assurance-vie, placement préféré des Français, devra d’ici 2022 proposer aux souscripteurs des contrats multisupports comportant  au moins une unité de compte dédiée à la finance verte et à la finance solidaire."
 
“Historiquement, la France a une vraie longueur d’avance sur le terrain du financement de l’économie sociale”, confirme Adrien de Crombrugghe, de la Direction des investissements de la Banque des Territoires - Groupe Caisse des Dépôts, partenaire de longue date des acteurs de l’ESS. “Et d’un point de vue macro-économique, il n’y a jamais eu autant d’argent qu’aujourd’hui pour les projets à impact”, poursuit-il. “Pour autant, la traversée du désert existe encore pour les entrepreneurs, car ils n’ont pas les mêmes facilités à capter de la ressource selon que leur structure est petite en phase d’amorçage ou plus solide et en plein développement”, explique-t-il.
 
“Même prometteur, il reste difficile pour un projet qui démarre de financer son développement auprès d’une banque classique, car celle-ci ne prendra pas forcément de risques. Dans l’impact social, une entreprise qui performe ne crée pas suffisamment de valeur financière pour compenser la perte en capital subie par les investisseurs sur d’autres structures qui n’auront pas su se développer, comme c’est le cas dans l’économie classique”, poursuit-il.

Renforcer l’écosystème du financement

C’est notamment pour faciliter et accompagner le changement d’échelle des entreprises de l’ESS que la Banque des territoires – Groupe Caisse des Dépôts a sponsorisé le fonds d’investissement NovESS en 2016. “ Nous intervenons en fonds propres à partir de 100 000€ auprès d’entreprises en phase de croissance et jusqu’à 5 millions d’euros pour des entreprises de plus de 6 ans en phase de changement d’échelle”, explique Rémi Leservoisier, directeur général de Mandarine Gestion, la société gestionnaire du fonds.
 
Bientôt 4 ans après sa création et au-delà de ses investissements massifs dans le secteur (Enercoop, Make ICI, etc), NovESS est aussi crédité de plusieurs vertus. “Le fonds rassemble des co-investisseurs publics et privés qui se rencontrent dans le cadre d’un fonctionnement horizontal, ça renforce l’écosystème du financement de projets à impact”, explique Rémi Leservoisier qui ajoute : “Cette capacité nouvelle pour les associations d’augmenter considérablement leurs fonds propres invite les acteurs à se professionnaliser sur le terrain de l'évaluation et du reporting de l’impact social, c’est positif ”.

Soutenir les acteurs de l'accompagnement

“Il n’empêche, on reste un peu seuls en phase d’amorçage”, explique pour sa part Denis Dementhon, directeur général de France Active, autre acteur majeur de la finance solidaire. Depuis 30 ans, le réseau accompagne les entreprises de l’émergence au développement avec une société d’investissement (ex-SIFA) et un panel d’outils allant de l’emprunt à la garantie. Ces produits sont instruits par des associations territoriales qui assurent l’intermédiation sur les territoires entre porteurs de projets, établissements bancaires et collectivités locales.
 
“Les politiques régionales sont extrêmement disparates, indique Denis Dementhon. La plupart privilégient l’investissement alors qu’on l’a vu, il n’y a pas de problème de liquidités compte tenu de l’engouement des épargnants. Nous identifions plutôt un manque dans l’accompagnement. Les Régions pourraient soutenir davantage les acteurs de l'accompagnement sur les dimensions stratégiques et d’ingénierie de projets”, poursuit le responsable de France Active. “En Hauts-de-France une grande partie du budget dédié à l’ESS bénéficie certes directement aux entreprises via 5 dispositifs d’aides portées par la Région et en co-financement avec France Active”, explique Faustine Maliar, Conseillère Régionale déléguée à l’ESS. "Mais nous soutenons également des organisations qui assurent l'accueil et l’accompagnement des porteurs de projet comme l’association locale Acteurs de l’économie solidaire”, précise l’élue locale.
 
Au national, le 17 septembre 2019, Christophe Itier, Haut-commissaire à l'ESS dévoilait les noms de 15 fonds d'investissement intégrant la bannière French Impact. Au total, ce sont quelques 375 millions d'euros de fonds accessibles pour financer les entreprises à "impact social" avec un fléchage prioritaire sur l'aide aux sans-abris, la lutte contre le gaspillage et l'inclusion vers l'emploi… Une nouvelle manne financière qui devra atteindre sa cible sur les territoires.
 
Sébastien Poulet-Goffard, journaliste 
 

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Logos Régions de France et Caisse des Dépôts
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