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ENJEUX

Concilier enjeux environnementaux, sociaux et économiques

Mis à jour le 20 Avril 2021
Proposant une approche systémique et vertueuse de la production agricole, l’agriculture durable ambitionne de répondre aux nombreux défis environnementaux et sociaux et cherche à contribuer au développement des territoires. Exploration des enjeux de l’agriculture durable.
4 piliers pour une agriculture durable - ©Avise - dossier Agriculture durable
4 piliers pour une agriculture durable - ©Avise - dossier Agriculture durable

Promouvoir des systèmes de production respectueux de l’environnement

L’agriculture durable vise à développer des systèmes de production qui maintiennent ou enrichissent la biodiversité et la qualité des sols, les considérant comme un patrimoine collectif à préserver et transmettre. En limitant le recours aux engrais et pesticides de synthèse et en employant des méthodes naturelles, cette agriculture respecte l’équilibre des écosystèmes vivants et limite la pollution de l’air, de l’eau et du sol. Elle promeut une production plus économe en énergie et en ressources et vise à soutenir la biodiversité en favorisant une diversité génétique à travers la multiplicité des variétés cultivées.

L’agriculture durable est ainsi un formidable vecteur pour favoriser l’implication des producteurs dans la gestion environnementale de leur exploitation, notamment en encourageant la recherche pour développer de nouveaux procédés écologiques. Au-delà des effets positifs directs induits par les pratiques agricoles durables, elle permet de nombreux coûts évités, entendus comme les coûts cachés induits, par exemple, par les problématiques de santé publique (répercussions sanitaires et coûts des soins), et de déséquilibres écologiques (pollution des sols, inondations, etc.).

> Zoom sur la comptabilité multi-capitaux, l'expérimentation de Fermes d'avenir pour valoriser l'impact social et environnemental

Le réseau Fermes d’avenir a lancé une expérimentation autour de la comptabilité multi-capitaux, afin de redéfinir la performance économique des fermes agroécologiques en illustrant comptablement la création et la destruction de valeur économique et extra-financière. À travers la mise en oeuvre d’une comptabilité multi-capitaux, les agriculteurs de la Ferme de Cagnolle, membre du réseau, ont cherché à identifier les impacts de leurs activités agricoles, avoir une meilleure visibilité de la performance globale de leur ferme et identifier les leviers d’actions pour davantage préserver les capitaux humains et naturels.

>> Retrouvez l’étude de cas de l’Avise sur cette expérimentation sur www.avise.org

Améliorer les conditions de travail et de vie des producteurs

Afin d’assurer des conditions de travail et de vie décentes aux producteurs, le mouvement de l’agriculture durable inscrit dans ses principes une juste valorisation du travail et favorise des initiatives de lutte contre le surendettement et le salariat précarisé, très présent dans le secteur agricole notamment du fait d’un recours fréquent au chômage partiel ou de l’emploi des travailleurs saisonniers ou immigrés.

L’agriculture durable favorise une production plus dense, multi-espèces, sur une plus petite surface, permettant de limiter le recours aux machines et équipements onéreux et d’éviter ainsi la réalisation d’investissements risqués pour l’équilibre économique des exploitants.

Investis pour une juste rémunération des producteurs, les acteurs de l’agriculture durable privilégient généralement la vente directe afin de limiter la présence d’intermédiaires entre le producteur et le consommateur et défendent l’idée d’un prix « juste », calculé sur la base des coûts réels de production et non déterminé par des négociations et spéculations à l’échelle nationale ou internationale.

Pour y parvenir, l’agriculture durable travaille au renforcement de la solidarité entre paysans et à la création de réseaux de soutien aux agriculteurs en transition. Les acteurs de l’agriculture durable inventent ainsi des solutions d’entraide entre producteurs pour mutualiser ressources, matériel et risques et appuyer la transmission de savoir-faire et de connaissances entre pairs.

Des modes d’organisation collectifs tels que les coopératives d’installation en agriculture paysanne (CIAP) ou les coopératives d’utilisation de matériel agricole (CUMA) sont des solutions intéressantes pour imaginer de nouvelles modalités de prise de décision et de soutien réciproque et pour répondre à l’isolement des agriculteurs. Les coopératives d’activité et d’emploi (CAE) dans l’agriculture permettent également de répondre en partie aux problématiques du salariat précarisé.

Rapprocher les consommateurs et les paysans

L’agriculture durable s’inscrit dans les enjeux de reterritorialisation de l’alimentation, par le développement des circuits de proximité et la reconnexion des systèmes de distribution alimentaire au territoire d’origine de la production. 

Selon les travaux de l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE), présentés à l’occasion du colloque « Reterritorialisation de l’alimentation » de 2019, la reterritorialisation répond à la fois aux besoins de réassurance du consommateur, de relocalisation de la valeur ajoutée au bénéfice des producteurs et de redynamisation du territoire.

Du point de vue social, la reterritorialisation est d’abord source de lien social, elle permet aux agriculteurs de rompre avec l’isolement. Pour eux comme pour les consommateurs, c’est une façon d’exister, portée par la fierté de vendre sa production ou de consommer les produits de chez soi, la valorisation des bonnes pratiques et le partage des connaissances et d’un savoir-faire
INRAE

L’agriculture durable est un vecteur de lien social qui recrée proximité et échange entre les producteurs et les consommateurs et encourage la gestion participative des terres et de la production. L’un des défis est donc d’accompagner l’évolution des habitudes de consommation afin de permettre la prise de conscience par les citoyens de l’intérêt de consommer des produits locaux et de saison et de payer un prix au plus près de la réalité des coûts de production, permettant de rémunérer le producteur et de renforcer ainsi l’ensemble du tissu économique du territoire. 

Ce travail de sensibilisation et d’éducation du consommateur demande aux acteurs de l’écosystème de l’agriculture durable de faire preuve de pédagogie et de proposer des espaces d’échange, d’information et de rencontre entre producteurs et consommateurs, comme le fait par exemple le réseau Accueil Paysan

Des initiatives se créent également pour favoriser la solidarité entre citoyens et paysans, que ce soit à travers une logique de consommation, un soutien financier direct, du bénévolat ou encore à travers la construction d’un plaidoyer commun.

>> Découvrir le dossier Alimentation durable, publié par l’Avise en 2017, sur www.avise.org

Contribuer au dynamisme des territoires ruraux

Ancrée sur le territoire et pensée de façon systémique, l’agriculture durable crée du lien entre acteurs publics territoriaux, agriculteurs, acteurs de la chaîne de valorisation alimentaire – tels que les conserveries et les Associations pour le maintien d’une agriculture paysanne (AMAP) – consommateurs, etc. 

Elle concourt ainsi au développement économique et au dynamisme des territoires – notamment ruraux –, par le renforcement des échanges économiques et humains entre villes et campagnes. 

En limitant le recours aux machines et produits chimiques, l’agriculture durable induit également la création d’emplois locaux et le développement d’exploitations à taille humaine mieux implantées sur leur territoire. Ces initiatives de l’agriculture durable, plus attentives à la qualité de leurs emplois et à l’épanouissement de leurs travailleurs, peuvent également être des leviers d’insertion de personnes éloignées de l’emploi ou en situation de fragilité.