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INTERVIEW

Le Réseau CIVAM, des acteurs ruraux et agricoles engagés pour la transition agro-écologique

Mis à jour le 26 Avril 2021
Le Réseau des Centres d’initiatives pour valoriser l’agriculture et le milieu rural (CIVAM) réunit près de 130 associations constituées de groupes d’agriculteurs et d’acteurs ruraux engagés pour la transition agro-écologique. Entretien avec Denis Lépicier, membre du conseil d’administration du Réseau CIVAM, adhérent CIVAM du Serpolet et ingénieur à Agrosup Dijon.

Quelle est la vision de l’agriculture durable portée par le Réseau CIVAM ? 

Le Réseau des Centres d'initiatives pour valoriser l'agriculture et le milieu rural (CIVAM) défend l’idée que l’agriculture va bien au-delà de sa fonction de production : elle est liée à l’alimentation, au territoire, aux préoccupations sociétales. Notre approche de l’agriculture durable est articulée autour de 3 piliers.

Une agriculture autonome et économe : l’agriculture que nous défendons repose sur des fermes qui veillent à un recours aux intrants et à l’énergie aussi réduit que possible pour minimiser leur impact sur l’environnement tout en garantissant leur efficacité économique et sociale. Cette agriculture vise à permettre aux agriculteurs de maîtriser leur modèle technique et économique, de la production à la commercialisation, notamment en optant pour des systèmes techniques moins coûteux qui permettent de limiter les investissements et en choisissant des circuits de distribution garantissant une meilleure rémunération.

Une agriculture connectée au consommateur et à l’alimentation : l’agriculture doit se préoccuper de la transformation des produits et de leur commercialisation. Les CIVAM, groupes d’agriculteurs et d’acteurs ruraux qui échangent et construisent une dynamique collective pour innover en faveur d’une agriculture durable, sont historiquement fortement investis dans la vente directe, le développement des magasins de producteurs et plus largement dans les démarches de commercialisation de proximité, y compris en direction de la restauration collective. Nous nous engageons pour cela avec les collectivités locales et les acteurs locaux dans les projets alimentaires territoriaux pour garantir l’accès de tous à une alimentation de qualité, y compris pour les populations les plus fragiles.

Une agriculture insérée dans les territoires et la société : les fermes du Réseau CIVAM génèrent en moyenne plus d’emplois dans les territoires du fait de leur taille généralement plus faible et de l’extension de leur activité au-delà de la production. Nous cherchons à faire reconnaître la multifonctionnalité de l’agriculture, ce qui passe notamment par des activités d’accueil pédagogique, d’insertion de publics en difficulté ou des projets touristiques. Les CIVAM se sont notamment engagés ces dernières années dans l’accueil des migrants dans les fermes. C’est à cette condition que l’agriculture peut générer du lien social et contribuer à rendre les territoires vivants. 

Le développement de l’agriculture durable passera-t-il par un encadrement plus fort de cette démarche (labels, certifications, etc.) ? 

De manière générale, nous ne défendons pas l’idée de qualifier, labelliser ou certifier l’agriculture durable, même si nous n’y sommes pas formellement opposés. 

Notre objectif est plutôt d’accompagner les agriculteurs à contribuer à relever le standard de ce que doit être une agriculture durable sur les plans social, environnemental et économique. À ce titre, imposer un cahier des charges ne suffit pas et peut même exclure certains exploitants de la démarche.

Pensez-vous que l’agriculture durable puisse être un vecteur d’innovation dans les pratiques agricoles ?

L’agriculture durable, c’est d’abord revenir à du bon sens et aux fondamentaux tels que l’allongement des rotations des cultures, le maintien des haies pour leur fonction écologique, le rapprochement du producteur et du consommateur. L’innovation a néanmoins sa place puisque ces changements de pratiques peuvent passer par de l’expérimentation de nouvelles cultures, la conception ou l’adaptation de matériel, comme peut le proposer L’Atelier Paysan, coopérative qui promeut l’auto-construction du matériel agricole et la réappropriation des savoirs et des savoir-faire.

Mais, pour les CIVAM, l’innovation se trouve d’abord dans la manière d’accompagner les agriculteurs : créer du lien et de l’entraide, aider chacun à identifier ses points de blocage et trouver les moyens de les lever, plutôt que de proposer des conseils et des modèles descendants. En effet, le changement, c’est d’abord de l’incertitude induisant des risques, parfois très élevés, qui sont autant de freins. C’est pourquoi, au sein du réseau, nous favorisons l’innovation sociale et accordons beaucoup d’importance aux groupes et collectifs agricoles ruraux qui permettent d’échanger et s’entraider entre pairs, d’expérimenter sur le terrain pour lever les barrières au changement, créer du lien et de l’action collective entre agriculteurs, citoyens, consommateurs, artisans et élus locaux.

> Le Réseau CIVAM

Les CIVAM sont des groupes d’agriculteurs et d’acteurs ruraux qui, par l’information, l’échange et la dynamique collective, innovent sur les territoires en faveur de campagnes vivantes et d’une agriculture plus durable. Le Réseau CIVAM regroupe près de 130 associations réparties sur la quasi-totalité du territoire et compte aujourd’hui 13 000 membres, dont une grande majorité d’agriculteurs. Il est également engagé au sein du collectif InPact et du mouvement Pour une autre PAC afin de porter une voix collective sur l’agriculture durable et sa place dans notre société.

>> Découvrir les actions des CIVAM et de leur réseau sur : www.civam.org