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Interview
Financer l’ESS

#1 Une entreprise sociale, c’est concilier performance extra-financière et excellence opérationnelle !

Quels sont les objectifs d’impact et les critères de sélection de la Banque des Territoires quand elle investit dans des entreprises de l’économie sociale et solidaire (ESS) ? De quelle manière les projets soutenus répondent-ils à des enjeux de société majeurs tels que la santé et le vieillissement, l’éducation et l’emploi, la formation ou encore l’économie circulaire ? L’Avise a rencontré les responsables des équipes d’investissement de la Banque des Territoires afin de mieux comprendre comment celle-ci soutient les entreprises de l’ESS. Adrien de Crombrugghe, responsable du pôle Impact Santé Médico-Social, inaugure cette série d’interviews. 

Partenaire historique de l’Avise depuis sa création en 2002, la Caisse des Dépôts investit depuis plusieurs années dans des entreprises de l’ESS ayant déjà atteint une certaine maturité. Réunies dans le département Cohésion Sociale et Territoriale de la Banque des Territoires, cinq équipes d’investissement s’attellent à sélectionner les projets les plus prometteurs dans différents domaines.  Rencontre avec Adrien de Crombrugghe, responsable du pôle Impact Santé Médico-Social.

Quel est le périmètre d’action du pôle Impact santé médico-social ? Avec quels objectifs la Banque des Territoire investit-elle dans ces entreprises à impact ? 

Nous sommes tournés avec mon équipe vers « le care - le prendre soin ». Nous cherchons à investir dans des entreprises à impact qui prennent soin des populations, autour des axes santé, vieillissement, handicap et habitat. 
La Caisse des Dépôts a pour mission depuis plus de 200 ans d’accompagner en toute indépendance les politiques publiques et les grands enjeux que le gouvernement identifie. Avec le changement de paradigme actuel (crise sanitaire, changement climatique, etc.) il s’agit aujourd’hui de repositionner cet accompagnement. Tout le monde connaît la crise de l’hôpital et les déserts médicaux, mais aussi les problématiques liées au vieillissement et à nos modes de vie souvent inadaptés au soutien de nos aînés. On constate également une carence dans la prise en charge du handicap, tant au niveau de l’insertion en entreprise que dans l’éducation. Pour inventer de nouvelles solutions face à ces enjeux complexes, nous pensons que les entreprises à impact ont un rôle à jouer. 

Comment soutenez-vous ces entreprises et quels types de projets recherchez-vous ?  

Nous investissons en fonds propres dans des entreprises de l’économie sociale et solidaire (ESS), mais aussi dans des entreprises à mission et des entreprises classiques. Ce qui compte pour nous, c’est moins la forme de l’entreprise que l’utilité sociale qu’elle porte ; ainsi par exemple France Béguinages, dans laquelle nous avons investi, est portée par une SAS. C’est une foncière qui crée pour des séniors des béguinages, de petites structures périurbaines aux loyers modérés permettant le maintien à domicile grâce à une forte animation locale.       
La Banque des Territoires investit des capitaux dans l’entreprise et devient associée du projet, avec une place au conseil d'administration. Notre apport est à la fois financier – pour permettre à l’entreprise de se développer – et stratégique – conseil sur la gestion, ouverture vers des responsables publics nationaux et régionaux, etc. Nous recherchons des entreprises qui lèvent entre 500 000 euros et 10 millions d’euros et qui ont donc déjà une certaine maturité. Et nous intervenons toujours en co-investissement avec un acteur privé, ce qui garantit que notre investissement n’est pas une aide d’État déguisée, et ce qui permet aussi d’amener de l’argent privé sur des sujets d’intérêt général. En tant qu’investisseur de long terme, l’objectif est de rester au moins cinq à sept ans dans le projet, parfois plus, et de céder nos parts en faisant une plus-value au terme de cette période.  

Quel est l’impact recherché dans ces domaines du care ? Pouvez-vous me donner d’autres exemples de projets soutenus ? 

Dans le domaine du vieillissement, l’un de nos objectifs est d’agir sur la prévention de la perte d’autonomie, ce qui passe par l’accès à des services et des équipements adaptés. Par exemple, la SCIC Envie Autonomie recycle des aides techniques (béquilles, lits médicalisés, ou encore fauteuils roulants) car beaucoup de ces équipements partent aujourd’hui à la poubelle après un temps d’usage très court. Envie Autonomie les reconditionne et les remet sur le marché à des prix plus avantageux, ce qui permet à des populations fragiles d’accéder par exemple à des fauteuils roulants de très bonne qualité avec des restes à charge minimes. Autre axe que nous favorisons : le maintien à domicile. A travers nos participations dans Les 3 Colonnes ou encore Viagévie, nous nous appuyons sur le viager social qui permet de construire un réel accompagnement autour de la personne, une sorte de maison de retraite à domicile financée par le viager. Nous avons également investi dans plusieurs projets d’habitat inclusif, tels que France Béguinages, dont je viens de parler, et la Maison de Blandine. Les autres axes privilégiés sur le vieillissement sont le serviciel du lien humain et l’aide aux aidants.   
En matière de santé, nous voulons lutter contre les déserts médicaux en promouvant les centres de santé ainsi que l’aide et le soin à domicile. Pour favoriser la prévention et l’éducation, nous soutenons par exemple Salvum, une start-up sociale qui, via des « serious games », vous met en situation de secourisme et permet d’obtenir une formation théorique certifiante aux premiers secours.  
Sur le handicap, nous intervenons dans trois sujets essentiels : l’éducation, l’emploi des personnes handicapées et le répit. Nous avons ainsi investi dans les crèches inclusives Les Bullotins, dans le restaurant Atout Cœur tenu par des personnes en situation de handicap psychique à Annecy ou encore dans le site de vacances Avenir Vacances qui est dédié au repos des familles d’enfants handicapés. 
Nous soutenons enfin l’habitat d’insertion, à travers des acteurs tels que SOLIFAP qui est la foncière de la Fondation Abbé Pierre.

Est-il difficile aujourd’hui de trouver des projets à impact qui ont cette maturité dont vous parlez ? 

En effet, et même si cela peut être difficile à entendre pour un porteur de projet, aujourd’hui nous ne manquons pas de financiers qui s’intéressent à ces sujets. La Banque des Territoires a contribué à l’émergence de ce marché d’investissement et nous en sommes très fiers. Il manque donc plutôt des projets de qualité, d’envergure, et de dirigeants qui se lancent dans l’entrepreneuriat. En 2021, nous avons conclu 13 investissements pour un montant total de 28 millions d’euros et, pour cela, nous avons rencontré 160 projets. Cette sélectivité nous permet de ne soutenir que des projets qui auront un réel impact pour les Français. Cela ne nous dérange pas d’investir dans un projet qui aura besoin de temps pour se développer. Mais nous devons avoir la conviction que ce projet va vraiment se développer et qu’il est donc bien structuré : qu’il s’adresse à un marché bien identifié, de la bonne manière et que ses dirigeants ont toutes les compétences pour le porter dans la durée. 

Selon vous, les financeurs ne manquent pas. Mais les relais sont-ils aujourd’hui suffisants parmi des investisseurs plus classiques qui recherchent une rentabilité suffisante ? 

Une entreprise à impact, ce n’est pas l’opposé de la performance opérationnelle. Il y a des entreprises très performantes, dont les marges sont intrinsèquement limitées par l’activité à forte utilité sociale. Dans d’autres cas, l’investisseur accepte une lucrativité limitée pour que la valeur financière créée bénéficie au projet social. Enfin, d’autres entreprises à impact sont lucratives, leur projet ne les empêchant pas de dégager une belle plus-value. Nous verrouillons bien sûr le projet social dans notre documentation juridique, les statuts, le pacte d’associé, etc. Et nous mettons en place dans certains cas des dispositifs d’incitation financière indexant une partie des rémunérations de l’équipe dirigeante sur l’atteinte des objectifs extra-financiers.

Votre activité a-t-elle connu une accélération en lien avec la crise sanitaire et le plan France Relance ?

La Caisse des Dépôts est au cœur du plan France Relance. En ce qui concerne mon équipe, nos objectifs ont été intensifiés. Nous sommes des investisseurs sur le marché non coté dans des entreprises complexes et c’est un métier d’artisan, qui prend du temps. Être investisseur c’est être copropriétaire d’un projet, cela comporte des risques et des responsabilités, il est donc difficile d’accélérer sur ce métier-là. Cela dit, sur les trois dernières années, notre volume d’investissement est passé de 5 millions à 18 millions puis 28 millions d’euros. 

Le mot de la fin ? 

Deux messages, peut-être. D’abord, nous sommes accessibles ! Ensuite, les porteurs de projet ont certes besoin de lever des fonds, mais ils ont aussi besoin d’un associé. Choisissez-bien vos associés : plus qu’un simple apporteur de fonds, choisissez quelqu’un qui crée de la valeur à vos côtés, qui vous ouvre des portes vers les territoires, qui peut vous alerter, protéger votre modèle face aux évolutions réglementaires… C’est le rôle que nous voulons endosser.

 

A propos de la Banque des Territoires
Créée en 2018, la Banque des Territoires est un des cinq métiers de la Caisse des Dépôts. Elle rassemble dans une même structure les expertises internes à destination des territoires. Porte d’entrée client unique, elle propose des solutions sur mesure de conseil et de financement en prêts et en investissement pour répondre aux besoins des collectivités locales, des organismes de logement social, des entreprises publiques locales et des professions juridiques. Elle s’adresse à tous les territoires, depuis les zones rurales jusqu’aux métropoles, avec l’ambition de lutter contre les inégalités sociales et les fractures territoriales. La Banque des Territoires est déployée dans les 16 directions régionales et les 37 implantations territoriales de la Caisse des Dépôts afin d’être mieux identifiée auprès de ses clients et au plus près d’eux.
Pour des territoires plus attractifs, inclusifs, durables et connectés. www.banquedesterritoires.fr 

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